Mes chevaux sont venus à ma rencontre

Été 2007

J’ai toujours cru qu’il fallait dominer le cheval;

Qu’il fallait de la force, des réflexes;

J’avais suivi quelques cours en éthologie pour comprendre mon rôle de cavalier. L’éthologie m’a permis de découvrir le pouvoir de mon corps, des gestes, de mon regard; l’apprentissage de cela m’a fait découvrir comment prendre ma place dans ma relation avec les chevaux.

Quand la maladie m’a frappé, ma principal question fut de réfléchir à la façon d’aborder l’équitation dans un contexte où je n’avait plus de force, où je n’avais plus de muscles abdominaux, où j’allais souffrir énormément des effets secondaires, j’allais vivre des problèmes d’équilibre. Voir le cheval comme un adversaire ne s’inscrivait plus dans ma nouvelle situation.

Ce sont les chevaux qui sont venus à ma rencontre.

C’est avec Panthère que j’ai connu mes premiers contacts avec l’amitié des chevaux, leur paix, leur profonde sérénité. Quand je fut assez solide pour pouvoir remonter à cheval, vers le 7 mai 2007, j’ai commencé par apprivoiser les jours avec la chimio et les jours sans chimio. J’allais à l’écurie pour nourrir nos chevaux, je me promenais avec eux et je faisait fi des recommandations des médecins qui m’avaient interdit tout contact avec les animaux à cause de la faiblesse de mon système immunitaire.

Donc je contacte Anne-Marie Bélanger, propriétaire de la ferme La Belle Époque, située à 15 minutes de route de chez nous et Anne-Marie accepte de m’aider à remonter à cheval. On embarque donc Panthère dans le trailer et on se dirige à l’écurie. Panthère s’en allait sur ses 3 ans, le soleil était là, une belle journée. On s’installe donc à l’écurie, Anne-marie met Panthère en longe et je monte dessus. On commence tranquillement, Panthère avait été castré en mars 2007, au moment de mon diagnostic. Il n’avait pas été monté depuis janvier 2007; j’avais commencé à le longer un peu donc le 7 mai fut le jour 1 de mon retour en selle.

Ce fut un succès ! Panthère avait compris à quel point j’étais fragile et m’a respecté dans mon désir de monter sur lui, de commencer à nouveau le débourrage. Comme si il savait ! Ce poulain m’a permis de reprendre confiance en moi et avec lui s’est amorcé une réflexion sur ma façon de monter à cheval.

Qu’a t’on fait de si extraordinaire ce jour là ?

En longe, j’ai donc remonté mon poulain, Anne-Marie me guidait et je vous avoue que ma respiration et mon pouls ont terriblement augmenté, mes jambes s’entrechoquait tellement j,avais peur que le poulain se mette à bronquer, peur d’être déstabilisée, peur de tomber, peur de tout finalement.

On a donc fait du pas, des changements de direction et quand je fut certaine de Panthère, un peu de trot.

HOURRAH !!!!

La glace était brisée !

Ce jour fut le commencement d’une formidable aventure au fond de moi, une aventure que ma passion pour les chevaux, ma détermination à continuer de monter malgré les chimiothérapies m’a amené à faire. Le début d’une introspection, de la confrontation de mes peurs, de mes jugements et de mes préjugés envers les chevaux. Le début aussi de l’étude réelle de l’équitation, de comment monter à cheval. Ne pouvant plus travailler, condamnée à me battre et à souffrir, je me suis donc dit que là était le moment pour devenir meilleur cavalier.

Les chevaux allaient devenir mon arme secrète pour combattre mon cancer et je devais absolument changer ma vision d’eux pour atteindre mon objectif.

Je me suis donc jetée à l’eau, les yeux fermés. Ma faiblesse ne me permettait pas de soutenir un coaching et j’allais m’apercevoir que j’avais beaucoup de croûtes à manger sur le chemin que j’avais choisi de vivre; que j’allais avoir beaucoup de décisions à prendre, de connaissances à acquérir.

En 2007, nous avions 6 chevaux, dont 3 juments poulinières. Les poulains Lancer et Domingo avaient un an, Surprise et Lorraine, une jument TB nouvellement acquise étaient gestantes, Panthère avait 3 ans. La tâche était énorme ! Yves travaillait mais n’en avait plus pour longtemps car, de son côté, la maladie cardiaque allait le frapper.

Bien que je montais à cheval depuis mes huit ans, bien que la passion des chevaux ait toujours existé, j’avoue aujourd’hui avoir été bien ignorante sur plusieurs points, notamment la gestion d’une écurie, la gestion d’un élevage, l’entretien des sabots ainsi que l’équipement…les fameuses selles qui vont me donner des maux de tête et des ponction dans mon portefeuille durant toutes ces années. J’avais à mon actif plusieurs débourrages et je montais aussi des chevaux à problèmes depuis déjà plusieurs années. Cependant, la véritable équitation, le vrai programme de développement d’un poulain n’étaient pas concepts claires dans ma tête et c’est ce sur quoi j’allais travailler.

En quelques années, nous avons construit l’écurie, aménager les pâturages, construit les abris, le ring d’entraînement, fait l’acquisition de d’autres terrains, nettoyer ceux-ci, semer.

Donc en ce matin du mois de juin 2007 (voir photo), me voilà donc sur Panthère qui a 3 ans, mon maître qui m’apprendra la confiance. Je reçoit à ce moment des doses massives de Taxol et de Carboplatine toutes les 3 semaines. J’ai perdu mes cheveux mais je monte à cheval.

Plus rien n’a d’importance que ces moments au soleil, à cheval à apprendre à faire confiance avec ce merveilleux poulain qui m’éduque dans ma nouvelle équitation. Ces moments, je vais essayer de les multiplier, de confronter mes peurs, de les analyser et de les guérir.

La pire des peurs est de perdre le contrôle du cheval, que ce dernier parte en fou et me désarçonne. Cette peur de mordre la poussière se transforme en raideur, en mains tendues dans la bouche du cheval, en absence de jambes, en assiette bloquée, comme si je m’agrippe et en même temps je veux monter à cheval, j’ai besoin de cette force tranquille qui m’apaise, j’ai terriblement besoin de me battre, de vaincre ce cancer, de vivre !

Et dans ce fouillis émotionnel, j’aspire aussi à éduquer mon poulain, à lui montrer les aides. Imaginez seulement la force de Panthère qui, à un si jeune âge, recevant autant de signaux contradictoires qui ne semble pas le déranger. Il m’entoure de sa force, de son amour pour moi, de son désir de se connecter à moi, d’établir un lien. Il me rassure par sa tranquilité.

Ce sont donc mes premiers moments avec la magie des chevaux.

Panthère deviendra mon arme secrète dans mon combat du cancer et c’est cette même détermination, plus forte que ma peur, m’aidera à rester debout, à ne pas laisser gagner l’ennemi avant que je ne sois à terre.

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4 avis sur « Mes chevaux sont venus à ma rencontre »

  1. Je trouve ton histoire fascinante ma soeur, elle met en relief ce que nous faisons tous dans nos milieux respectifs, LA LUTTE. Rien de bon ne nait de la lutte,s’installer dans un courant et observer c’est difficile à concevoir mais c’est ce qu’il faut faire. La souffrance t’as appris cette chose, ceci t’as ouvert l’esprit et t’as amener à mieux apprécier, à mieux aimer.
    Merci encore pour ce témoignage rempli de vérité
    Ta soeurxxx

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