2007- La bataille du cancer; le commencement.

Mars 2007, dans la chambre d’hôpital, je me réveille suite à l’opération. J’ai le ventre broché, une sonde d’urine, un soluté au bras.

L’infirmière est toute contente de m’annoncer qu’une pompe à morphine a été installée et me permettra juste en actionnant la pompe de me donner suffisamment de morphine lorsque la douleur resurgira.

Forte de ces informations, je m’endors, encore sous l’effet de l’anaesthésie. Mais tranquillement mon ventre dégèle et la douleur me réveille. J’actionne donc la pompe et j’attend. La douleur augmente lentement durant les longues minutes qui suivent..J’actionne donc la pompe encore..Au bout de longues minutes; j’ai maintenant le ventre en feu et j’appelle l’infirmière. Elle arrive et me demande si j’ai actionné la pompe; je lui répond que oui, j’ai bien actionné mais rien ne se passe.

Les heures se succèdent et j’actionne toujours la pompe sans réel résultat; la panique commence à s’installer. Personne ne m’avait préparer à vivre une telle douleur !

Les heures se sont succéder, l’infirmière me donne des Tylénol en désespoir de cause et la rage au fond de moi-même m’a permis de traverser cette nuit d’enfer, le ventre en feu, en comptant les heures qui me séparaient du matin.

Quand le fameux matin est arrivé, me voilà enragée à un point tel que les infimrières ont fait venir l’anaesthésiste, responsable des calculs de morphine de la fameuse pompe. Pour s’apercevoir qu’il s’était trompé et que des quantités négligables d’anti-douleur m’avaient été administrées.

S’en est suivit un recalcule des doses pour finalement arriver à me soulager de cette douleur.

On enlève les broches, la sonde et aussitôt je suis debout à marcher dans le couloir, étourdie mais vivante et surtout pleine d’adrénaline de combat que la nuit de douleur avait exacerbé.

Disons que la relation avec le personnel hospitalier ne fut pas des meilleures à ce moment.

La deuxième nuit m’attendait.

Me voilà incapable d’aller à la selle; une petite tumeur probablement installée au rectum me cause des douleurs effroyables et m’empêche carrément d’évacuer, m’arrachant des larmes aux yeux. L’infirmière est devant moi, les bras en signe d’impuissance.

J’arrive à téléphoner à un de mes amis et, d’une voix très douce et calme, je lui annonce que j’ai le cancer. Je lui raconte comment je vais me battre, je pleure mais je reste calme. L’infirmière arrive sur l’entrefait et me dit:

Vous êtes capable de pleurer ?

Cette nuit là fut le début de ma bataille; j’avais choisi de me battre, de vivre et de prendre tous les moyens pour le faire. J’ai aussi cesser de dormir de façon naturelle, depuis cette nuit, j’ai toujours besoin de somnifères et encore aujourd’hui.

Je me sens sur le sentier de la guerre et toute mon énergie sera polarisée pour vivre et survivre.

De retour à la maison le lendemain et heureusement ma soeur qui est médecin vient passer quelques jours avec moi. Je n’ai toujours pas été à la selle, des douleurs effroyables au rectum me font pleurer; Mon Dieu, je n’ai jamais souffert autant !

Ma soeur arrive donc et aussi tôt me fait un examen rectal et découvre le pot aux roses, me prescrit une crème à base de cortisone; quelques instants plus tard, je suis capable d’évacuer et la douleur est soulagée. Cela m’évite un séjour à l’urgence et des heures d’attente.

Commence donc mon premier mois de récupération à la maison, mes douleurs sont bien soulagée. Mon conjoint a été fantastique et me comble des meilleurs soins qu’il peut.

Vers la mi-mars, nous avons mon premier rendez-vous en oncologie à Joliette. Dr. Santikyan, mon oncologue m’annonce donc que j’ai 40% de chance d’avoir une rémission, que les traitements commenceront dans deux semaines étant donné qu’ils ont déjà reçu le rapport de la pathologie concernant mes cellules cancéreuses.

Fin mars, les traitements débutent donc.

Quand on a un diagnostic, outre l’effet du plafond qui nous tombe dessus, personne n’est préparé à ce qui s’en vient. On nage dans L’ignorance la plus totale et malgré les médecins et l’excellence du personnel infirmier, je ne savait pas quelles question posées.

Je me sentais quelque part dans le couloir de la mort, était-ce les limbes ? un no men’s land ?

J’attendais donc mon premier traitement et dans la salle d’attente siégaient 4 hommes qui riaient, faisaient des farces entre eux. Un des 4 me regardent et me demande mes chances de rémission. je lui répond que j’ai 40%. Il me regarde, un sourire aux lèvres et me répond: chanceuse ! Moi j’ai 0%.

J’ai compris alors qu’il y en avait des pires que moi donc Élène, cesses de te regarder le nombril et fonces dans le tas. Il y a pire, bien pire.

Il y a ceux et celles qui ne pourront pas soutenir les traitements de chimio, les gens dont les plaquettes seront trop basses, d’autres ce seront les globules rouges. Certains vomissent tellement qu’ils déshydratent.

Durant toutes mes années de chimio, jamais mon taux de plaquettes ne baissera, mes globules rouges non plus et mis à part 3 mois d’anémie, ma formule sanguine ne cassera pratiquement jamais ce qui fut en soit une chance car cela m’a permis de recevoir les traitements.

Me voilà prête pour mon premier traitement. J’arrive à l’hôpital vers 7 heures le matin pour la prise de sang et ensuite, je me dirige vers la salle d’attente en oncologie pour y rencontrer le médecin et l’infirnière de liaison. On prend ma taille, mon poids, on me questionne sur des éventuelles allergies, on me donne des livres sur les traitements, quoi faire, quoi ne pas faire et je retourne en salle d’attente.

De mars à décembre 2007, à toutes les trois semaines, je vais recevoir le Taxol/Carboplatine.

Je serai préparée de la même manière:

Prise de Decadron (Dextamethasone) vers 22h00 le soir précédent et le matin vers 4h00;

Ensuite encore du Décadron vers 8h30 le matin du traitement, Zofran et Maxeran et ensuite la chimio.

Le traitement est long. Il commence vers 9h30 et se termine vers 16h00.

Ensuite retour à la maison.

Il m’a fallu quelques semaines pour m’habituer à cette routine, si on peut s’y habituer un jour. Du moins, j’ai tenté d’apprivoiser cette période afin de pouvoir continuer mes activités.

Quand on reçoit le Décadron, on se sent en pleine énergie et on a faim ! Je me sentais comme dans une phase maniaque où je bougeais pratiquement comme une toupie. Cela durait au moins deux jours et ensuite, mes membres s’engourdissaient, la douleur aux articulations me faisait souffrir. J’avais aussi un goût de métal dans la bouche donc je ne goûtais plus à aucun aliment. Cela durait environ 4 à 5 jours et ensuite je redevenais normale quoique je conservais le goût du métal.

Forte de ces informations sur l’effet des médicaments, je me suis donc fais un programme; je faisais l’épicerie et le ménage quand j’avais beaucoup d’énergie et par la suite, je me reposais et surtout je prenais des marches le plus souvent possible autour de la maison pour aider à passer les toxines de la chimio. Au fil des jours, j’ai compris que je devais suer pour éliminer au plus vite ces toxines. Et boire des tonnes d’eau.

Je montais à cheval quand les effets de la chimio étaient terminées au début des traitements.

J’ai de plus découvert des aliments riches en protéines et en énergie. Je me forcais à manger même si je ne goûtais plus rien et je me récompensais en me gâtant lorsque le goût de métal disparaissait, juste avant le prochain traitement.

Les 4 ou 5 premiers mois, je n’ai pas ressenti énormément d’effets secondaires mais à partir du 6 ième traitement, comme je n’arrivais plus malgré l’exercice à évacuer les toxines, alors les effets secondaires sont devenus de plus en plus difficiles à vivre. J’ai commencé à avoir des engordissements dans les pieds qui sont devenus permanent, même aujourd’ui.

Vers le 6 ième traitement, mes bras étaient devenus violacés à force d’avoir les veines décapées par la chimio et, force de constater que cela allait durer donc j’ai dû me faire installer un cathéter au coeur, appellé Portecath.

On m’a donc opéré et il m’a fallu environ 1 mois pour récupérer de l’opération et m’habituer à avoir ce cathéter à gauche, juste au dessus de ma poitrine par lequel on a fait passer les autres traitements de chimios.

Donc, depuis le premier traitement, j’avais donc perdu mes cheveux. Je ne pouvais plus utiliser du dentifrice pour me brosser les dents mais plutôt un mélange d’eau de bicarbonate de soude et de sel. De plus, pas de soie dentaire ! J’ai trouvé cela difficile de m’habituer à cela. Je n’ai jamais eu de perruque, donc je portais des chapeaux de pêche afin de permettre à l’air de circuler sur mon crâne dégarni. Je devais éviter le soleil le plus possible aussi. Pas d’alcool bien évidemment.

J’ai donc terminé l’année en chimiothérapie et mon CA125, le marqueur du cancer, bien qu’ayant descendu constamment au fil des traitements, demeurait maintenant bloqué indiquant que les traitements n’avaient plus de bénéfices.

Mon oncologue m’avisa aussi qu’il ne pouvait plus me donner cette recette car je risquait des dommages permanent aux jambes et aux pieds.

Ainsi, pour 2008 il fallait changer de recette et poursuivre les traitements à la recherche d’une rémission.

Durant les traitements et de façon progressive, j’ai vu mon visage et mon corps changé de sorte que durant cette période, j’ai évité les miroirs. Les médicaments m’avaient déformé à un point tel que j’avais l’air d’un clown; j’avais perdu tous mes poils jusqu’aux cils de mes yeux ce qui rendait l’équitation plus difficile à cause de la poussière du sable dans le manège. Malgré tout, je n’ai jamais cessé de sourire, de croire en une éventuelle rémission.

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3 avis sur « 2007- La bataille du cancer; le commencement. »

  1. Bonjour!
    J’ai lu tout vos articles et je les trouve profondément inspirants. Votre vision de la maladie, de la vie et des chevaux est particulièrement forte et belle.
    Je crois que votre approche m’aide à mieux comprendre la maladie, ce qui en est réellement et me rassure un peu face au cancer.
    Je crois que nous avons tous cette peur du cancer ancrée au plus profond de soi et que personne ne veut en parler. Je suis certaine que votre témoignage pourrait en aider plusieurs à se ressaisir ou à garder espoir.
    Il est certain que je continuerai de vous lire.
    Vous semblez être une femme pleine de ressources, de force et de détermination.
    Bon courage et je suis de tout cœur avec vous

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