2008 et les chevaux; début des prises de conscience

En décembre 2007, je me départit avec regret de ma jument Leena. J’avais acheté Leena à l’âge de 18 mois, en 2002 et mon objectif à ce moment-là était de m’investir avec Leena pour faire du dressage éventuellement de haut niveau. Leena, un jument demi-sang suisse (Swiss warmblood) croisé trotteur français avait un mouvement aérien, fut d’une facilité incroyable au débourrage et à l’entraînement. En 2006, lors de mon opération pour la rate, je fait un échange avec une personne qui deviendra ma grande amie, Catherine, donc elle monte Leena durant ma convalescence et la montera en compétition durant l’été 2006 alors que je l’aiderai à débourrer son poulain Adonis lorsque celui-ci sera prêt.  Catherine avait été entraînée par les meilleurs en Ontario et possédait les connaissances en développement de jeunes chevaux; elle possédait une main douce mais experte. Leena, sous sa gouverne a progressé de manière fulgurante et Catherine a donné à Leena les bases nécessaires. Autrement dit, elle a fait la jument.

Durant l’été 2006, nous avons donc monté tour à tour Leena en compétition et débourré le poulain de Catherine, le beau Adonis. Catherine partageait le même rêve que le mien dans ces années et se préparait une monture pour aller loin en dressage.

Au printemps 2006, j’avais fait inséminer Leena avec l’étalon Titulus (trakehner) en prévision d’avoir un poulain en 2007; cette jument était si extraordinaire que je devais me développer un poulain d’elle.

Mon amie Catherine fut dans ma vie une personne qui a fait naître au fond de moi l’envie de devenir une meilleure cavalière. Elle a entre-ouvert une dimension nouvelle pour moi sur l’équitation, sur les techniques équestres. En 2007, alors que le cancer me frappait, j’ai donc pris cette décision. Je me suis dit que Reiner Klimke, le grand cavalier de dressage qui nous avait quitté quelques années auparavent, entraînait des chevaux au ciel. Ainsi lorsque je mourrai, j’irais directement vers lui et Dr. Klimke ne tolèrerais pas d’avoir dans ses élèves un si piètre cavalier. J’ai donc décidé de consacrer mes dernières années sur terre à devenir un meilleur cavalier et ainsi, rendue au ciel je porrais poursuivre ma technique sous la coupe de Dr. Klimke. Pour se faire il fallait absolument que j’améliore mon contact, mon assiette, que j’étudie les principes de dressage, que j’améliore mes connaissances dans le développement des jeunes chevaux.

J’avais beaucoup de connaissances en débourrage et aussi en récupération de chevaux maltraités ou devenus immontables; aussi inconsciemment une relation spéciale avec les chevaux, je savais bâtir la confiance avec eux, rétablir les ponts mais dans les faits, je n’avais pas une grande technique de monte. Je n’avais pas une belle assiette, je n’étais pas élégante à cheval, j’évitais de prendre contact avec la bouche du cheval car je savais que je n’avais pas la meilleure main.

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Quand le cancer est arrivé en 2007, Leena était donc à la maison, à vivre sa gestation. Durant l’été et surtout l’automne 2007, après son poulinage, j’avais recommencé à la monter, à la remettre en forme mais je voyais bien que notre avenir dans le dressage de haut niveau était lourdement compromis donc je decidai donc de la mettre en vente car me disais-je, elle avait trop de talent pour rester dans le pâturage chez nous. Et ce n’était pas la meilleure mère au monde, bien qu’elle me donna deux poulains magnifiques.  Loin de faire mal à ses poulains, Leena ne ressentait pas pour eux des sentiments très maternels; il fallait la mettre dans un espace à part, lui fournir une gardienne pour l’aider à élever son poulain. Son avenir était réellement dans le carré de dressage.

Leena m’a donc quitté en décembre 2007. Ce jour-là mon coeur s’est brisé car j’ai mis une croix sur mes rêves de faire du dressage de haut niveau et ma jument adorée partait. Celle que j’avais élevé, débourré et entraîné avec tout mon coeur me quittait. Son nom, Leena signifie Illumination en russe; cette lumière venait donc de s’éteindre.

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En 2008, j’avais entraîné Panthère durant l’hiver. Le pauvre avait attendu 1 semaine et demi dans son box avec des sorties minimales durant mon accident de chimothérapie en janvier 2008. Mais somme toute, j’avais réussi à le monter régulièrement malgré les traitements qui ont continué par la suite.

J’étais survolté par le combat et j’avais apprivoisé mes traitements ainsi que la période des effets secondaires pour savoir monter entre ces périodes; c’est ainsi qu’en mai 2008, je suis allée suivre une leçon d’équitation deux heures après avoir reçu mon traitement de Topotecan !

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En équitation à ce moment, j’étais comme un golfeur novice qui n’est pas capable d’identifier ses bons coups des moins bons. Pourquoi je monte bien et que tout à coup je monte mal. Pourquoi j’arrive à faire une mise en main et que je la perd dans les instants qui suivent ?

La première réponse que j’ai reçu fut d’abord d’examiner ma selle. Une rencontre avec Vicky Lefrançois, ajusteur de selle m’a fait faire tout un bond dans mes connaissances en la matière que je qualifierais aujourd’hui de bien piètres.

Quand la selle n’est pas bien ajustée;

On ne peux pas avoir le cheval sur la main;

Le cheval ne peux être monté en avant des jambes;

Il peux même développé des comportements inhabituels, à la limite dangereux car peux se mettre à ruer !

En effet, si les épaules sont pincées par une selle qui ne fait pas, comment voulez vous que le cheval ait un quelquonque désir de se porter en avant ? Si le dessous de la selle comporte un couloir étroit qui pèse sur la colonne vertébrale, cela est dommageable au cheval. Enfin, si la selle comporte des défauts de construction, si elle est croche, si l’arçon se brise, tout ce que l’on offre au cheval ce sont des longues minutes de douleur a être monté. Comme la plupart passe leur journée en box, que les chanceux vont avoir 2 heures de sortie par jour, imaginez l’angoisse de ce cheval quand il va vous voir arrivé à l’écurie car l’heure qui suit ne lui apportera aucun plaisir. C’est une bonne raison pour lui de fuir le cavalier.

Ainsi, quand j’ai commencé à analyser le monde des selles, je me suis rendue compte des faits suivants:

Il n’y a aucun standard dans cette industrie; chaque sellier possède ses propres standards de grandeur de selle;

La plupart des selles sont faites pour les hommes ! Quelle ironie quand on sait que maintenant le sport est pratiqué en grande majorité par les femmes;

La plupart des selles ne sont pas ajustables au cheval. Il y a bien certaines selles qui comporte des largeurs d’arbres que l’on peux changer mais cela demeure rudimentaire;

Il n’existe pour ainsi dire très peu de service d’ajustement, très peu de service point à la ligne. On dépense donc des milliers de dollars sans être convenablement conseillé ! Il n’y a même pas de guide d’utilisation et d’entretien ! Juste l’étiquette du prix ! C’est un non sens ! À la limite une arnaque ! Tout cela se fait sur le dos des chevaux et dans le portefeuille des cavaliers.

Vient ensuite le merveilleux monde des sous-tapis qui, d’une certaine manière camoufle les problèmes, donne bonne conscience au propriétaire du cheval, soit par leur rôle d’amortisseur ou leur fonction de mousse mémoire.

Et ce, toute discipline confondue ! Que ça soit en western ou en classique.

Ainsi ma chasse à la bonne selle a commencé. Vicky m’a montré comment mesurer le garrot d’un cheval, comment me faire des canevas et m’a longuement expliqué comment ma selle ne me convenait pas et ne convenait pas à mes chevaux.

Il y avait une certaine urgence à m’éduquer car, j’avais deux poulains, Lancer et Domingo qui devaient être débourrés à l’automne. Deux grands chevaux en plus de Panthère et de Leena que je montais. Il devenait donc urgent de me trouver une bonne selle.

Je suis donc partie de Saint-Paul et j’ai fait 4 boutiques équestre; j’ai au moins vu 50 selles, j’en ai sélectionné 3 qui faisaient au cheval et à moi et je suis revenue avec une. Ma première bonne selle fut donc une vieille Schleese JES Élite non ajustable mais qui avait au moins le mérite de faire à mes chevaux et me procurait assez d’espace pour que j’ai une bonne assiette, que ma jambe tombe à la bonne place.

Aujourd’hui je ne jure que par Schleese. J’ai maintenant deux selles ajustables, une Link II et une JES Élite, toutes deux usagées mais en excellente condition; Elles font à mes deux derniers poulains depuis le 6 octobre 2012 et il y a tout un monde entre le cheval bien sellé de celui qui ne l’est pas. Schleese est une entreprise canadienne et ils offrent assez de cliniques d’ajustement par année pour satisfaire la clientèle.

Elles sont dispendieuses mais si peu quand on considère les frais d’ostéopathes que ça coûtent pour replacer les dos des chevaux, les performances du cheval, les blessures à long terme qu’une mauvaise selle cause. Les gens sont professionnels, prennent les mesures du cheval et du cavalier, font les essais, ne comptent pas leur heures pour obtenir le meilleur ajustement.

Donc, revenons à notre histoire….

Aussitôt que j’ai mis la selle sur Panthère, ce dernier s’est mis à avancer, j’ai pu donc le monter devant mes jambes. J’ai pu aussi le galoper car Panthère ne voulait pas galoper avec l’ancienne selle ! Bien entendu, pas fou le cheval ! La selle lui pincait les épaules donc, se sentant bloqué, pas question pour lui de franchir cette douleur pour mes beaux yeux et ce, peu importe la longueur de la cravache ou de mes éperons.

La saison de compétition arrivait et, comme j’ai eu mon congé de chimio vers juin, j’envisageais avec impatience de faire avec Panthère les classes de pas et trot. Ce ne sont pas des classes très prestigieuses mais pour moi, dans l’état où j’étais, avec un jeune poulain de 4 ans, ces classes m’apparaissaient comme une montagne, comme un défi et c’est dans cet esprit que j’abordai cet été.

En juillet 2008, je gagnais ma première classe, mon premier championnat avec Panthère, ce merveilleux Cheval Canadien en pas et trot, un mois après avoir cesser la chimio. Pour moi, c’était un coup de pied au cancer, une victoire sur cette maladie, un bonjour à la vie. Cette discipline que je me suis imposée, la mâchoire serrée, tout cela avait du sens, avait un sens et j’ai vécu cet été là, porté par l’espoir et l’énergie retrouvée.

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Pourtant, durant ces jours, je cherchais toujours à améliorer mes techniques de monte. Avec la bonne selle, j’avais au moins l’assurance que Panthère se mobilisait sous la selle avec aisance. Donc, il était temps pour moi de découvrir ce qui ferait de moi un meilleur cavalier.  Tout l’hiver à monter sans force m’avait montré comment le contact de mes mains était rigide et comment j’avais corrigé cela mais mes forces revenant, je retombais dans le même panneau. Je n’avais pas de réponses à cela.

Mon principal problème en 2007 et en 2008 est que ma faiblesse est si grande que je ne peux pas suivre des cours pendant plus de 15 minutes, à la limite 20 minutes. J’ai bien essayé d’en suivre mais c’est tellement difficile et épuisant ! Je dois donc apprendre par moi-même, trouver une approche qui me convienne.

Mon amie Sylvie vient à la maison pour m’aider à débourrer Domingo et Lancer durant l’automne; je lui demande de monter Panthère.

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Je suis sans voix ! Comment fait-elle pour monter ainsi, comment faire pour que Panthère bouge ainsi. Qu’est-ce que je fais de pas correct ?

L’encolure qui s’abaisse, le dos qui swing, le postérieur qui se porte en avant sous le poulain…COMMENT ÇA que je ne suis pas capable MOI ?

J’ai devant moi ce à quoi j’aspire à être et les mois qui suivront seront donc consacrés à chercher une façon de mieux m’éduquer, la recherche d’une méthode d’apprentissage avec mes moyens du bord, c’est à dire, sans professeur au sol.

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9 avis sur « 2008 et les chevaux; début des prises de conscience »

  1. Élène, tu es une réelle inspiration. Ton histoire m’a tiré plusieurs larme. Quelle force! Quel courage! J’espère que pour toi le ciel s’éclaircira…

    bzzbzz

  2. ouf que d’émotion à te lire… Que tu trouves encore la force d’écrire et partager ton histoire après tant d’efforts est vraiment une chose incroyable. Tu seras LA GRANDE DAME qui a su me montrer ma propre force intérieur. Je t’en serai toujours reconnaissante. xxxxxxxxxx

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