2008- La bataille du cancer

Janvier 2008 me transporte dans cette nouvelle année avec la même détermination, le même désir de me battre contre l’ennemi invisible que j’appèle maintenant la maladie.  Lorsque j’entre dans la salle des traitements, je suis toujours animée par toutes sortes de peur qui me rendent nerveuse. Cette nervosité dans mon cas se change en bonne humeur, en énergie. Je ne cesse pas de parler !

J’entretiens donc la salle et ses occupants de toutes sortes d’histoires, de farces jusqu’à ce que les médicaments de la chimio, surtout le Benadryl m’amène à dormir. En y repensant, je suis certaine que cette torpeur était appréciée des gens dans la salle car ils pouvaient eux aussi se reposer de mon verbillage incessant.

Mon oncologue m’annonce que nous changeons de recette de chimio; la prochaine recette est le Caelix.

Heureuse nouvelle car mes cheveux recommenceront à pousser ! Et aussi que les traitements dureront à peine deux ou trois heures. Le bonheur !

On m’informe par contre que le Caelix provoque des syndrômes palma-plantaire, donc que la plante des pieds et les paumes de mes mains deviendront rouges, irritées et à la limite brûlantes. Donc durant les traitements, on me met les mains dans des mitaines glacées. Ce n’est pas la meilleure expérience de ma vie ! Le pharmacien me conseille de tenir mes mains et mes pieds dans de la glace le plus souvent possible dans les jours qui suivent le traitement.

Aussi je dois éviter les bottes et souliers serrés.

Donc de retour à la maison, j’essaie de suivre les conseils du pharmacien dans la mesure du possible et de ma compréhension. Le premier traitement, tout se passe quand même assez bien mais suite au deuxième traitement, mes paumes de mains et mes plantes de pied commencent à prendre un aspect rougeâtre, ça pique et ça chauffe.  Régulièrement je trempe mes pieds dans l’eau avec de la glace, j’entoure mes mains dans des chiffons placés au congélateur.

Mais voilà qu’un soir, alors que nous étions allés manger chez des amis, une brûlure intense se manifeste durant le repas. J’avais apporté des pantoufles mais les brûlures augmentaient tant et si bien qu’après le repas, je demande à Yves de quitter le repas. C’est trop dur, ça fait trop mal. Je souffre le martyr ! J’arrive à peine à me déplacer; impossible d’enfiler les bottes donc je sors dehors en pantoufles et monte dans la voiture ainsi.

De retour à la maison, je me met les deux pieds dans l’eau glacée mais la crise continue; je suis couverte de sueur. La souffrance est à son paroxisme !

J’arrive quand même à calmer la douleur à force de laisser mes pieds dans la glace et je parviens tant bien que mal à dormir.

Le lendemain, je réalise que la plante de mes pieds est couverte de cloches, d’immenses cloches qui couvrent la moitié de la plante de mes deux pieds ! Je marche difficilement, en fait j’arrive à peine à me déplacer et que dire de la douleur !

IMG_0016

Comble de malheur, en revenant de l’écurie, mon chum m’annonce que les poulains Tsunami et Télémann ont renversé durant la nuit l’abreuvoir chauffante et que l’abri ressemble à un lac. Je ne peux le laisser tout seul avec ce drame, donc je m’entoure les pieds dans des bas, puis dans des sacs de plastique, je prend les bottes les plus larges que j’ai, et je me traine à l’écurie pour nettoyer les dégâts.

Dans l’abri, c’est de l’eau sur de la glace avec du fumier ! Une vrai dégât qu’en silence, nous nettoyons; on parvient à faire disparaître l’eau en entier car heureusement le sol est gelé. On enlève le fumier, tout dégoulinant d’eau que l’on remplace par de la sciure de bois pour finir d’éponger et on remet les deux petits diables dans leur enclos.

Arrivée à la maison, je prend des photos de mes pieds que j’envoie à la compagnie qui fabrique le produit ainsi qu’à Santé Canada. Je n’aurais aucun support de Schering Plough, aucun représentant ne viendra à la maison constater les dégâts causés par leur produit. À Santé Canada, on me répond que j’étais informée du syndrôme palma plantaire;  plusieurs années plus tard, un médecin me dira qu’il n’aurait pas fallu que j’utilise de l’eau glacée mais bien des serviettes glacées ou les produits que l’on utilise maintenant, soit les mitaines et les bas que l’on met au congélateur et que l’on applique.

Je suis désespérée ! J’arrive à peine à me déplacer dans la maison et surtout, j’ignore comment je vais guérir mes pieds !

Je demande à mon chum d’appeller l’ambulance et me voilà donc à l’hôpital, au département d’oncologie. Tout le monde regarde mes pieds comme si j’apportais quelque chose de la planète Mars. Dans les faits, personne ne voulait toucher à ça étant donné que c’était un accident chimique. On m’entoure les pieds de bandages et on me renvoie à la maison sans recommandations, ni protocole de soins, sans rien !

Le seul commentaire que l’on me dit est que la guérison sera très longue, quelque chose comme 3 mois.

3 mois ! Vous êtes devenus fous ! Comment vais-je survivre 3 mois sans marcher ?

Le retour à la maison n’a pas duré plus de quelque jours et je retourne à l’hôpital mais cette fois, je me rend à l’urgence. Couchée sur la civière, je tire sur la couverture pour que mes pieds soient bien en évidence et je souhaite qu’un médecin passe et les regarde. Au bout d’une demi-heure, effectivement, un médecin passant par là voit mes pieds et s’exclame: Pauvre vous !

Elle prend aussitôt les choses en main, débride les plaies, mets une crème sur ce dernières et m’entoure les pieds de bandages. Elle arrive à me convaincre de rester quelques jours à l’hôpital afin de bien commencer le traitement et d’éviter les risques d’infection.

Me voilà donc en observation à l’urgence. Le soir même, une dermatologue passe et décide de changer la crème pour de la Flamazine. Cela ne fait pas 20 minutes que les pansements sont refaits que mes pieds commencent à brûler. Je me met aussitôt à demander de l’aide, que je ne reçois pas bien évidemment. Je martèle que le traitement ne fonctionne pas et je demande à ce que l’on retourne au traitement précédent.

J’ai la rage au coeur..Encore des souffrances et pourquoi ? Parce que tout le monde est en train de souper, que ceux qui restent sont débordés, parce qu’ on ne peux contredire le diagnostic et le traitement d’une dermathologue !  Plus tard, j’apprendrai que l’on ne met pas de la Flamazine sur des plaies débridées.

J’arrive donc à trouver le médecin de l’urgence. Je lui demande donc de revenir à l’ancien traitement, de me prescrire les bandages et la crème, ainsi que de l’hydrothérapie et j’appelle mon conjoint pour qu’il vienne me chercher car je ne suis pas en sécurité dans cet hôpital. Le lendemain matin, j’allais poster ma lettre de plainte à la direction générale pour la façon dont j’avais été traitée ce soir-là à l’urgence.

Et là, arrivée chez moi commence donc mes efforts afin de guérir mes pieds. L’été précédent, j’avais eu à l’écurie, ma jument Leena qui s’était blessée. Une belle blessure ouverte, que j’avais guérie par hydrothérapie et en faisant des bandages dans lesquelles je mettais comme pommade un mélange de miel et de sucre. Je me suis dit que si cela avait été bon pour le cheval, ce le serait pour moi.

Donc j’alterne entre la pommade de l’hôpital et la pommade miel-sucre, je me fais de l’hydrothérapie 3 fois par jour en pesant fort dans le bain car l’accident de chimio avait brûlé non seulement mes pieds mais aussi mes terminaisons nerveuses. Mes orteils étaient recroquevillées, dures, sans souplesse. Je me faisais ensuite des bandages.  Finalement, je me rendis à l’hôpital pour mes séances d’hydrothérapie.

Une semaine plus tard, je marchais normalement et je me rendis en oncologie pour montrer mes pieds aux infirmières, surtout à celle qui m’avait donné le pronostic de 3 mois de guérison. La semaine suivante j’étais de retour à cheval.

J’ai aussi gagné contre Schering Plough une certaine victoire puisque Santé Canada a ordonné une enquête, que mon cas a été publié au Québec, pour le bénéfice de tous car je me disais que cette souffrance n’allait pas être inutile.

Mon instinct de guerrière, ma détermination avait fait en sorte que j’avais pu raccourcir le temps de guérison.

Par la suite, mon oncologue, suite aux bons résultats que les deux traitements de Caelix avaient eu sur mon organisme, me donna un mois de congé de chiothérapie.

En Mars 2008, nous avons donc commencé la recette du Topotecan.

Le topotecan, après mes aventures du Caelyx et la toxicité du Taxol, était un traitement sans problème.

En Juin 2008, mon CA125, le marqueur du cancer dans le sang est rendu à 9 ! Mon oncologue me donne donc congé de chimio et je n’ai que des suivis mensuels !!!

VICTOIRE !!!

J’allais enfin vivre sans chimio; je n’ai pas de rémission mais la réponse aux médicaments a été tellement bonne que j’ai un congé. UN CONGÉ !!!

Mon oncologue est content et ne cesse de me répéter que c’est grâce à mon esprit combatif qu’il a pu m’aider.  Il me prescrit donc des hormones, le Mégast et m’envoie à la maison avec un rendez-vous de contrôle à tous les mois.

Je ne peux décrire ici dans quelle euphorie je me trouve. Mes rêves peuvent encore se réaliser et l’espoir le plus fou me transporte. J’ai beaucoup d’énergie, je me retrouve comme avant, prête à tout recommencer, à poursuivre ma vie là où je l’ai laissé.

Ainsi en Août 2008, je retourne au travail. Ce retour fut plus difficile que je ne l’avait prévu mais somme toute, une occasion de vivre à plein, de retrouver mes dossiers et de vivre normalement.

Et c’est ainsi que se termine l’année 2008 ! Le seul point négatif au tableau, c’est que les fameuses hormones font prendre du poids. Beaucoup de poids ! Je suis traversée par la faim et je voit des cuisses de poulet sur tous les murs, donc je me met à manger outre-mesure. Et ce, malgré le fait que je m’alimente bien, que je mange des légumes. La conséquence est que je prend au moins 30 livres !!!

Je commence à avoir un duvet sur la tête, mes cils et mes sourcils repoussent enfin. Mais je ressemble à une grosse patate sans féminité.

IMG_0011

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s