2009 ou l’aventure vers une meilleure équitation

Je désirais m’améliorer; surtout, je savais que je devais le faire si j’entendais continuer à débourrer et à monter mes poulains. Mon amie Sylvie, en montant Panthère m’avait montré ce que cela pouvait être et devait être.

Mais comment le faire sans force, sans énergie, sans être capable de me faire coacher de façon régulière. Je ne pouvais soutenir plus de 15 minutes sans m’effondrer….

En fouillant sur le net, un jour j’ai remarqué ce site, Scandinavian dressage forum;

http://scandinaviandressage.forumpro.fr/?sid=cbd05907433659c25750cea60aba5cc0

Je commence donc à lire les techniques de dressage et cela me plaît beaucoup ! Je sens que j’ai enfin trouvé un site qui peut me faire progresser. Donc je me jette à l’eau et, sur l’invitation de Pia Munck, j’attrape donc cette opportunité de travailler avec une coach virtuelle. Je n’ai rien à perdre, sentant l’urgence de changer et d’améliorer mes techniques de dressage.

Ainsi commence la plus formidable aventure où Pia corrige mes photos, me donne des pistes de réflexion. Je peux donc travailler à mon rythme, à la maison. En janvier 2009, me voilà inscrite à la Star Ac:

http://scandinaviandressage.forumpro.fr/t264-8-elene-progres-personnels-et-aide-technique-aux-autres

De la page 1 à la page 39, se trouve donc mon travail de 2009 avec Domingo et Lancer.

Les mains collées à l’encolure;  je devais donc poser mes mains sur l’encolure du cheval, de part et d’autre de la crinière à 5 cm l’une par rapport à l’autre.

Que je me mette à sentir la bouche du cheval et améliorer mon contact, ma main.

Ce que je n’avais pas prévu en faisant ce travail, ce sont toutes les émotions qui surgiraient d’un peu partout dans mon corps et traverseraient mon esprit !  La peur de perdre le contrôle du cheval, et aussi toutes sortes de peur liées à des incidents, des accidents que j’ai eu. Des flashs montaient dans mon cerveau, des tremblements me parcouraient et j’ai réalisé que je guérissais lentement mon corps.

Je crois fermement que lorsque l’on a un accident, la peur demeure inscrite dans la partie du corps atteinte et rend cette partie plus raide. Quand on arrive près de la zone grâce au mouvement, on peut avoir des tremblements incontrôlables qu’il faut laisser vivre, des flashs dans le cerveau qu’il faut laisser passer sans se juger, sans tenter de reprendre le contrôle.

J’ai réalisé aussi l’ensemble des jugements et des préjugés que j’avais envers les chevaux. De croire que le cheval se servirait de ma faiblesse pour sursauter, se sauver, partir en fou, ruer. Pauvres chevaux ! Sans nécessairement le vouloir, force est d’avouer que je leur prêtais beaucoup de mauvaises intentions.

Je n’avais pas compris que le mauvais comportement des chevaux était justement causé par les mauvaises techniques équestres, une selle mal ajustée et aussi des problèmes de santé physique, surtout des membres pas sains.

Je n’avais pas encore non plus compris le rôle de l’anxiété de séparation, ce langage particulier des chevaux. Comment certains sont plus anxieux que d’autres, comment cette anxiété se manifeste et comment le fait de mal monter, d’avoir une mauvaise selle ou que le cheval était pas sain augmentait dramatiquement cette anxiété.

En 2009, j’ai donc débuté mes apprentissages avec Domingo, un cheval très sain et une bonne selle. Le cheval est jeune, ne manifeste aucune anxiété de séparation, donc ne sursaute pas, ne se sauve pas. Il me donne tellement de sentiment de sécurité qu’en quelques mois, j’améliore ma technique pour mon bonheur. La chimio de juin et juillet me donne atrocement mal aux jambes; en compétition, mon conjoint Yves doit me pousser sur le derrière et Sylvie, qui est venue m’aider tire sur ma jambe pour que je passe cette dernière par dessus le dos de Domingo. Mon poids n’aide pas non plus. Un manque de sensibilité aux doigts se développe et c’est avec beaucoup de peine que j’essaie d’attacher les boutons d’un veston rendu trop petit pour moi.

Domingo de Grey

Je n’ai aucune force, mes mains tiennent les rênes; je me sert de mon poids pour mouvoir Domingo. Faire une classe de pas et trot simple en soi mais  pour moi c’est une montagne !

Mon désir de faire des compétitions fait partie de ma bataille, je veux aussi donner une expérience à mes poulains, parce que je veux vivre et que l’effort immense que je m’impose est directement proportionnel à ma volonté de vaincre le cancer. C’est cette discipline de vie qui me permettra d’oublier le cancer.

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Quand je suis à cheval, je deviens un simple cavalier, je n’ai plus mal et je ne suis plus malade.

Voilà ce que je vais me forcer à ressentir durant toutes ces années et depuis.

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Domingo nous quittera vers juillet avec sa nouvelle propriétaire et je continue donc mon chemin avec Lancer.

Lancer est différent de Domingo; d’abord je ne réalise pas qu’il n’est pas sain, qu’il a deux chips dans les jarrets. J’ai beaucoup de difficultés à mettre Lancer sur la main. Soit qu’il se mette derrière le mors, soit qu’il joue avec son mors. Il a tendance à dormir sur les chaînes. Il est sensible aussi et plus joueur. Sa condition de santé l’amène à avoir beaucoup d’anxiété de séparation. Je continue mes apprentissages mais je perd du temps à cause de tout cela. J’y arrive quand même en bout de ligne; j’arrive à sentir Lancer en impulsion, poussant fort avec ses postérieurs, me portant dans son dos.

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J’arrive aussi à comprendre les mécanismes de l’impulsion, comment me faire porter par le cheval. Comprendre aussi comment faire mes demi-arrêts, à quel moment et à vivre enfin les prémisses du tact équestre, du timing des aides.

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Lancer le 20 nov 09

Ce n’est qu’en février 2010, que j’ai finalement fait faire des radios et découvert son problème. Lancer sera acheté par une personne informée de sa condition et qui en prendra soin car il est beau, sympathique et peut faire du travail léger, ce que la personne recherche.

J’ai aussi beaucoup de travail au sol à faire avec les poulains qui grandissent sur notre ferme. Bien que j’aille une petite base de Parelli, en fouillant encore sur le net, je trouve un site, Horse problems Australia qui va m’aider beaucoup à comprendre la nature des chevaux, qui m’aider à développer encore plus ma capacité d’écoute à travers des techniques.

http://www.horseproblems.com.au/Horseproblems%20home%20page.htm

La dame fait du dressage et Monsieur fait du Natural Horsemanship. Ils font aussi de la ré éducation des Standardbred en Australie. J’aime leur façon de penser, d’aimer les chevaux et eux aussi dénoncent les mauvaise techniques équestres comme étant responsables de tellement de chevaux malheureux.

C’est au contact de Lancer et de Domingo que je réalise que les chevaux se parlent entre eux; je vois Lancer dire à Domingo où passer dans le pâturage, je le vois amener son ami vers le meilleur côté de la balle de foin.

Le fait de marcher lentement m’a permis d’observer mes poulains, de voir si le travail que je faisais avec eux était bon. Quand je me pointais, les chevaux arrivaient vers moi, se tenaient à la barrière, se disputaient mon attention. Ces moments me remplissaient de bonheur ! Je me suis mise à leur parler, à leur confier ma maladie, à montrer ma faiblesse. Dès lors, je sens et depuis, une merveilleuse complicité avec eux. Mes poulains se sentant écouter ne se gênent plus pour me parler même si quelquefois ça me prend du temps avant de comprendre.

Elène, Tsunami et Télémann

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À l’automne 2009, je commence le débourrage de Shannon et de Orla. Quelques semaines en selle, un repos au champs et ensuite je prévois les emmener vers une écurie avec manège intérieur pour deux mois de travail, introduction à la randonnée pour ensuite leur permettre de se reposer à nouveau avec les autres.

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Dans mon travail avec les jeunes chevaux, j’ai aussi compris l’importance de donner un traitement par un ostéopathe avant de débuter le débourrage. Les poulains en grandissant jouent beaucoup, tombent, glissent et donc ont des blocages. En traitant mes poulains avant de les débourrer, je m’assure que le poulain n’a plus de blocages, que ces hanches sont droites, donc je peux commencer le travail sans exacerber quelque chose qui existe déjà.

L’équitation est une affaire de position et de partenariat, et surtout une affaire de coeur !

Le cheval me porte et me transporte donc je n’ai pas besoin d’utiliser de force pour me mouvoir; je dois trouver comment convaincre le poulain de me porter.

Être à cheval, c’est habité mon corps jusqu’au bout de mes orteils, c’est prendre conscience de ma volonté et que cette volonté est partout dans mon corps.

L’équitation est une affaire de conviction plus que tout autre chose et l’écoute à ma jambe devient incontournable. Je dois travailler à ne pas hésiter dans mon esprit, que nul doute ne m’habite, que tout soit clair dans ma tête et que ce n’est qu’une question de temps pour que le cheval accepte de se soumettre à ma volonté.

Pour le cheval, l’autorité signifie la sécurité. En harde, il se soumettra à la jument dominante, il obéira à cette dernière sans aucune hésitation. Si j’aspire à me faire obéir des chevaux, je dois devenir la jument dominante et en accepter toute la responsabilité. Donc bien entourer le cheval avec mes jambes, m’asseoir profondément dans la selle, être en béton dans mon assiette et mes jambes, souple et éthérée dans le haut du corps.

Si on décolle nos jambes des flancs du cheval, on abandonne le cheval à son sort, ce qu’il ne peux mentalement supporter. Certains chevaux dominants vont accepter d’échanger leur rôle pour que l’on devienne le chef ; d’autres, en fait la plupart, vont remettre leur vie entre nos mains.

Je découvre donc qu’il y va donc d’une grande responsabilité quand on prétend vouloir monter à cheval; notre langage doit être clair, précis. Notre esprit doit être plein de compassion pour notre partenaire, plein de support. Que dire aussi de nos intentions ? Avons-nous l’intention de travailler sur soi, de vivre de la joie, de communiquer ou avons-nous l’intention de nous servir du cheval pour satisfaire nos ambitions personnelles ?

Le cheval est très sensible; Pat Parelli mentionne qu’une mouche fait déplacer un cheval. Donc je me dit que je serai cette mouche, que la mouche ne fait pas d’efforts et en étudiant l’effet de la mouche, j’ai découvert l’effet des influences, le poids du cavalier, les effets de poids, la position du cavalier, comment celles-ci influencent.

Voilà donc l’essentiel des découvertes que je fais. Je découvre un monde insoupçonné au fond de moi, des forces dont j’ignorais la puissance.

Je découvre aussi la résilience des chevaux, un puit sans fond de pardon, de bonté et de patience. Les chevaux ont fait un partenariat avec l’homme depuis des siècles; ils ont accepté de prêter leur force physique mais ont conservé leur langage, leur culture. Le cheval est une société distincte en soi.

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2 avis sur « 2009 ou l’aventure vers une meilleure équitation »

  1. Merci Élène. Tes écrits me font tellement réféchir. Tu mets des mots sur des interrogations ou des réflexions que je me faisais inconsciemment.

    Puis tu m’as encre fait pleurer…

    Quelle force!
    Quelle inspiration!

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