2012, toujours vivante !

J’ai passé l’année 2012 à me préparer à partir, à surveiller mes symptômes, à combattre la fatigue.  Est-ce que j’ai peur ? Moins qu’avant. Une chose par contre, je ne tomberai pas avant que le cancer ne frappe totalement. Être debout, avoir encore des rêves, caresser des projets font encore ce que je suis.

Tout va bien avec ma médication même si cette dernière augmente périodiquement. Je suis à 12 mg d’hydromorph contain, auquel on ajoute le Neurontin, le Naproxin. Mes interdoses de Dilaudid sont de 2 mg aux 4 heures.

En 2012, j’ai pu débourré et monter 3 chevaux. J’ai pu aussi faire de la compétition avec Shannon et donc j’ai vécu quand même de manière assez confortable.

Est-ce mon attitude face à la vie qui ralenti l’évolution de mon cancer ?

Probablement

Je ne me pose plus autant de questions par rapport à l’existence et j’ai toujours essayé de faire quelque chose de positif chaque jour, ne serait-ce qu’une toute petite chose, aussi anodine que de laver une armoire. Aider quelqu’un, écouter une âme en peine, me soucier des autres m’aide à oublier ma propre condition. Je suis quelqu’un de positif face à l’existence et j’essaie toujours de voir le verre à moitié plein. Je me contente de ce que j’ai et de ce que je suis; j’ai appris après toutes ces années à respirer. De nature très réaliste, je sais que tout aura une fin, que tout ne sera pas toujours comme aujourd’hui; je suis capable de vivre en portant l’inévitable en moi.

Comment fait-on pour vivre sans avenir ? Je me sens comme quelqu’un qui a perdu son emploi. Un grand vide qui’il me faut remplir de petits projets à tous les jours, ne serait-ce que nettoyer une armoire, repeindre un mur, nettoyer des fenêtres, faire des commissions, m’occuper de mes fleurs et du jardin. J’ai, au cours des année,s développé une discipline de vivre le moment présent, d’accepter ma situation, de supporter la souffrance. Je me suis mise à examiner comment ma soi dite prison de la maladie m’a permis de devenir meilleure, comment j’étais comme personne et ce que je voulais changer.

Mais je ne peux changer tout à fait; je serai toujours attachée aux résultats, j’aurais toujours des projets pleins la tête..J’aime vivre et sentir cette fébrilité liée à l’ébulition des idées !

En même temps je me détache, je prend le long chemin où les choses perdent de leur importance sans nécessairement que cela me rendre triste.  Je cesse de souffrir dans la mesure où je n’ai plus aucune attente par rapport aux autres et à la vie. Je fais mon chemin en me nourrissant de mon être, je me concentre à rayonner pour moi seulement.

Il y a des jours où je suis incapable de me lever et d’autres où je peux fonctionner normalement. Mais je dois éviter tout effort physique; cela me met à plat pour un jour ou deux.  J’ai accepté cela.

Il y a des jours où la douleur prend le contrôle de mon corps, ces jours où je dois éviter de paniquer et simplement essayer de contrer cette douleur sans me poser de questions.

Monter à cheval demeure mon sport favori car le cheval me porte et j’ai finalement appris à monter sans effort. Je crois que le jour où je cesserai de monter sera le jour où je commencerai réellement à mourir. J’ignore totalement la nature des forces en présence qui m’aident à monter; cela demeure un grand mystère. Comment monter à cheval demeure un exercice de volonté pure. J’ai le goût, j’y vais et j’y suis; le cheval me porte; il attend car je lui ai appris à le faire, il exécute aussi pour les mêmes raisons mais je sens toujours qu’il a un certain plaisir à se laisser monter. Il est heureux d’être avec moi.

Voilà donc comment j’ai abordé la perspective de vivre en 2012.

Après l’hiver, je retrouve ma belle Shannon toute reposée et de bonne humeur; je la retrouve avec sa joie et avec sa douceur. Elle a à peine perdu un peu de muscle et se remet au travail avec entrain !

May clinic

Nous recommencons donc à nous préparer pour la saison 2012, en niveau 1. Finalement le travail porte ses fruits et le repos de l’hiver a été très salutaire. Comme j’ai déjà mentionné, on ne donne jamais trop de repos aux jeunes chevaux. En l’espace de deux mois, Shannon est prête pour le niveau 1 !

J’ai toujours par contre le doute que ma selle ne convient pas à Shannon mais en l’absence de solution, je continue le travail avec elle. Malgré tout, elle me donne les mouvements dont je l’ai toujours sentie capable de produire. Elle aura 6 ans, est plus forte que jamais, devient adulte.

À ce moment je réalise à quel point les chevaux sont faibles à 3 ans et comment, année après année, leurs morphologies changent et les rendant plus forta, plus aptea, mieux équilibréa sans qu’aucun travail ne soit fait comme tel. Quand les bases sont bien faites, il n’est donc pas nécessaire de taper sur le clou; c’est dans le laisser aller, les périodes de repos que ce concrétise les résultats d’eux-même.

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Je tente donc à nouveau de monter et de compétitionner en niveau 1 mais je me rend compte que ma résistance n’est pas là, que je ne serai jamais capable d’aller plus loin. Shannon est brillante, généreuse et bourrée de talent. Au delà de ma forme physique, il faudra un cavalier en santé et surtout une bonne selle pour amener Shannon plus loin dans sa vie de cheval de dressage.

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Je poursuis aussi l’entraînement de Drakkar et de Dynamite à la maison. Mettre tranquillement les bases sur ces deux poulains, à raison d’une fois par semaine. Malgré le peu de travail, les poulains progressent tout en continuant de grandir.

Finalement, j’ai eu l’occasion de faire venir des experts en selle, les gens de la compagnie Schleese, un fabricant de selle résidant en Ontario. J’achète une selle ajustée à Shannon et le miracle se produit ! Tous les problèmes que j’avais sont désormais réglés !!!! Il aura fallu quelques mois d’attente.

Comment une selle peut affecter un cheval ! Shannon cesse automatiquement de secouer sa tête dans tous les sens, elle ne joue plus avec son mors mais sera à la recherche de son équilibre durant ques semaines.

Elle n’a plus besoin d’être poussée puisqu’elle n’a plus cette selle qui lui serrait les épaules; son impulsion est donc meilleure. Que dire de son caractère ! Je retrouve la douceur de ma pouliche !

Je n’ai jamais cru qu’une bonne selle pouvait tant affecté le caractère et l’attitude générale du cheval ! Par notre ignorance, les chevaux endurent beaucoup de choses. Notre mauvaise équitation, des selles non adaptées.

En août, ma belle pouliche nous quittera donc avec sa nouvelle propriétaire. Notre vieille Surprise de son côté a trouvé une femme pour en prendre soin. Il ne me reste que deux poulains. La vie de la Ferme touche donc à sa fin, celle de mon aventure équestre aussi mais je profite de chaque moment.

En octobre, j’ai eu mes selles adaptées à mes deux derniers poulains pour leur bonheur et le mien. Dynamite qui ne galopait pas en ligne droite le fait maintenant sans problème. Drakkar qui n’avancait plus est maintenant en impulsion et seul l’arrivée des froids m’empêchera de continuer le travail de l’automne.

Dynamite FEQ 1

FEQ 3

Ainsi arrive donc les grands froids, ceux qui rendent le sol si dur, si gelé. J’applique mes principes du repos des poulains en toute connaissance de cause; au début ils me cherchent à la clôture, ne sachant pas trop ce qui se passe. Aveons-nous été oublié ? à tous les matins je vais les saluer, les caresser sur le nez, leur parler, prendre de leur nouvelle.  Au bout de quelques semaines ils sont habitués à ce repos et donc se prélassent tranquillement.

La médication a changé; je suis maintenant à 90 mg de hydro morphine contain, à laquelle on ajoute le Neurontin, l’Aldol, le Naproxin et l’Oméprazole.  Un beau cocktail ! Et pourtant ces médications couvrent à peine la douleur donc je dois avoir recours aux Dilaudid de temps à autre en interdose de 8 mg.

Avec les chevaux, j’envisage le travail au sol pour réaliser que cela les amuse et qu’ils se prennent au jeu. La relation n’est pas brisée, seulement différente. J’aurais voulu monter dans la neige mais la nature a décidé de nous envahir de la masse blanche très tôt dans la saison. Il ne sert plus à rien de croire que je puisse monter dans trois pieds de neige.

017

Donc on on attendra la fin de l’hiver.

La question qui se posera sera la suivante: dans trois mois, aurais-je la santé et la force pour remonter. J’ose croire que oui !

Une bonne et heureuse année à tous ! xx

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6 avis sur « 2012, toujours vivante ! »

  1. wow c’est de tout tes articles mon préférer, émouvant, triste mais écrit avec une telle clarté d’esprit et de résilience qu’on ne peut rester indifférent. Tu est pour moi une réelle source d’inspiration pour mon futur avec mes chevaux, merci d’être la et de nous faire partager ton vécu

  2. Idem, Elene, j’ai toujours pris plaisir à te lire, tu m’as aidé sans le savoir à comprendre beaucoup de choses que je ne connaissais pas avec les chevaux, pour moi aussi tu es une grande source d’inspiration. Je te souhaite une bonne année 2013 et de réaliser tous tes projets.
    Nat
    xxx

  3. Merci Christine ! Tout ce que j’écris est réellement ce qui est arrivé, ce que je pense et comment je vis, donc ça me fait plaisir surtout si ça aide ou inspire quelqu’un, ne serait-ce qu’une personne.

  4. Leena, ce « surnom » qui dès mes débuts sur un forum de chevaux attira mon attention par la qualité de ses réponses. Moi, débutante dans le monde des chevaux, je me suis surprise à rechercher ce surnom dans les divers sujets afin de pouvoir bénéficier de son savoir. Je lis ton histoire aujourd’hui, et je comprends maintenant pourquoi tu avais vite capté mon attention sur PX. Tu me fais beaucoup réfléchir car présentement j’ai à faire sens de cette vie qui m’envoie un défi à surmonter. Merci à toi, au beau cadeau que tu nous fais en partageant ton histoire. Je t’envoie de cette lumière porteuse de force supplémentaire ! xx

  5. Une magnifique histoire de courage, de persévérance et de goût de vivre.

    Mon enseignant de biochimie dit toujours que nous sommes des merveilles. À lire cette histoire, la vôtre, je n’ai aucun doute. Lorsque mis dans des conditions critiques, plus souvent qu’autrement, le corps, au lieu de s’effondrer donne le meilleur de lui-même. Malgré la maladie il lutte. Il puise des ressources que personne ne pourrait imaginer, et surtout pas les médecins. Il luttera d’ailleurs toute son existence durant…

    Merci de partager cette histoire, elle permettra, j’en suis certaine, d’en inspirer plusieurs, moi la première…

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