2011 me voilà aux soins palliatifs

Je n’avais plus de solutions au niveau des chimios donc je suis à la maison avec une peu de morphine et je me questionne sur comment je vais gérer ma douleur, qu’est-ce qui va m’arriver ?

Je planifie aussi de faire des voyages pour aller voir des amis avant de disparaître de cette terre.

En mars, je rencontre donc le médecin aux soins palliatifs qui va me soutenir et m’aider dans ma médication. Je me voyais mal jouer avec la morphine toute seule. Le médecin m’équipe donc avec des médicaments pour les douleurs neuropathiques et de la morphine à action longue, la morphine à action courte, les médicaments pour éventuellement des douleurs aux intestins.

Je me prépare donc à garder une certaine qualité de vie tout em me préparant à vivre mes derniers instants. Je fais aussi mes pré arrangements funéraires.

Quelle esprit morbide ! C’est pas drôle du tout !

Je décide de partir à Vancouver pour 2 jours, voir mon amie Roxane avec laquelle on avait fait de la recherche sur le Cheval Canadien. J’ai donc passé deux jours merveilleux avec elle mais voilà que dans le voyage de retour, je me sens pas bien, j’ai des frissons incontrôlables.

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J’ai attrapé un virus sur l’avion et me voilà de retour chez nous avec 102F de fièvre, je claque des dents, je frissonne, j’ai pas envie de manger. Mon pauvre système immunitaire n’a pas résisté aux différentes bactéries et virus qui se promène hors de mon environnement habituel. Donc quelques jours aux antibiotiques me guérissent de cette attaque mais mes projets de voyager sont annullés.

Je dois donc demeurer chez moi et envisager de ne pas aller ailleurs car mon système immunitaire est trop faible.

En juillet, on augmente les doses de médication pour les douleurs neuropathiques et, à la fin de juillet, je me met à vomir mes repas. On suspecte une occlusion intestinale, je vomit toujours et en août, ce sont tous mes repas qui prendront le chemin des toilettes.

30 juillet 2011

En juillet, ma mère s’est éteinte. Elle a souffert de la sclérose en plaques toute sa vie donc son décès fut une libération même si son départ m’a profondément affecté. Sa vie, son combat et sa force m’ont énormément influencé et probablement la raison principale de mon attitude envers la vie vienne d’elle. Elle fut une source d’inspiration pour moi. Je n’ai jamais pu voir ma mère autant que je l’aurais voulu; dorénavant, elle est avec moi et je partage avec elle chaque instant.

Je maigris donc beaucoup durant cette période et je n’ai plus le goût de manger.

Finalement, un soir, je réalise que c’est la médication qui est probablement responsable de mes nausées et vomissements.

À compter de ce moment, on réajuste la médication et me voilà tout à fait fonctionnelle. Mis à part la fatigue provoquée par d’une part les médicaments et d’autre part par le cancer, je fais mes journées comme pratiquement une personne normale. Mais je dois apprendre à me reposer ce qui est quelque chose de difficile pour moi à mettre en application.

18 sept 2011

Les douleurs augmentent lentement et on devra constamment ajuster la médication depuis ce temps et encore aujourd’hui. La douleur vient principalement de mon carcinome, installé dans la zone splénique soit dans la région de mon ancienne rate.  J’ai aussi des douleurs à mon épaule gauche qui m’annonce toujours une période de crise. Mais c’est la fatigue qui me hante toujours. Je comprend pourquoi certains vont recourir à des drogues stimulantes car cette fatigue est différente de la fatigue normale. On est comme endormi sans toutefois avoir besoin de se reposer. C’est une fatigue très étrange.

Je m’oblige à bouger et à monter à cheval malgré tout. Quand je monte à cheval, les douleurs disparaissent durant un moment et je reçois l’énergie du cheval, je me laisse porter par celle-ci. J’ai donc réussi le pari de monter sans effort, après toutes mes années de réflexion, de travail à corriger mon équitation et surtout avancer dans ma pensée.

Quand je regarde derrière moi tout ce que j’ai accompli malgré l’épreuve de cette maladie terrible, je suis fière de ne jamais avoir changer mes plans. Je suis contente de savourer les résultats de m’être imposé cette discipline.

2010 où tout devient possible

L’hiver 2009/ 2010, m’apporte beaucoup d’espoir dans mon équitation. Cette année-là j’ai emmené Orla de Grey et Shannon de Grey dans un autre écurie, au Centre Équestre du Boisé pour y séjourner deux mois tour à tour.

J’applique les méthodes acquises sur Scandinavian, soit les mains collées sur l’encolure, gérer l’impulsion, la rêne extérieur, etc.

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J’apprend aussi aux deux pouliches à aller en randonnée et j’éprouve beaucoup de plaisir à les voir se détendre quand elles comprennent ce qu’elles font, les rênes dans le cou. Mes amies du Boisé m’aident à débourrer les pouliches en randonnée, donc elles suivent des bons chevaux rompus aux randonnées.

Dans ma recherche vers une meilleure équitation, j’apprend à m’ancrer dans la selle, comment cet ancrage stabilise mon assiette et du coup je deviens meilleure à stabiliser les pouliches.

Mais tout n’est pas parfait ! L’ajustement des selles me hante toujours. Pour Orla, j’utilise un sous-tapis, pour Shannon, la selle sera trop grande…Le problème de trouver des selles sur des poulains qui grandissent, donc qui changent et surtout avec mes moyens financiers n’est pas facile à régler. J’ai deux selles, pas beaucoup de moyens et je dois faire avec sans causer trop de problèmes de dos aux pouliches.

Ce qui me sauvera toujours, c’est le fait que mes poulains sont au champs 24 heures sur 24, que je ne les monte que 3 fois par semaine et 15 à 20 minutes à chaque fois. Aussi l’apprentissage des techniques justes, donc ces facteurs vont minimiser l’impact de selles plus ou moins bien ajustées.

J’ai comme objectif pour l’été de présenter les deux pouliches en compétitions, soit en pas et trot mais aussi en niveau entraînement. Shannon a plus d’équilibre et apprend plus vite que Orla. Sa constitution la favorise pour le niveau entraînement. J’ai donc deux bonnes pouliches pour l’été.

Mais, dans ma recherche de l’impulsion, je ne réalise pas que je pousse trop avec mon assiette et la conséquence est que le contact, surtout pour Shannon devient trop lourd dans mes mains. Shannon dans son extrême générosité ne résiste pas à ma poussée et tombe sur les épaules sans que je ne le réalise vraiment.

Dans une clinique en mai 2010 avec Margret Dieckermann, elle me conseille de ralentir, de favoriser les allures lentes pour stabiliser la pouliche.

Il me faudra beaucoup d’analyse, de réflexion pour arriver à doser mes aides, à aider ma pouliche pour qu’elle puisse apprendre à se tenir.

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Je vais remporter le Championnat Jeunes chevaux, niveau entraînement avec Shannon. Cette jeune pouliche m’a appris la joie d’être à cheval; son caractère et sa personnalité m’ont profondément influencé et j’ai appris à l’écouter, à me connecter à elle, à vivre ce puissant sentiment plus fort que tout. Shannon est une jeune jument joyeuse; elle est volontaire et généreuse, cherche toujours à plaire et n’éprouve pas d’anxiété comme tel.

Monter Shannon, c’est vivre la joie d’être à cheval. Je ne saurais comment décrire exactement ce qui se passe. Quand je monte Orla, j’ai le sentiment que cette pouliche remet sa vie entre mes mains, elle aborde tout avec beaucoup de sérieux, est comme un volcan qui met sa puissance à mon service sans jamais exploser. Je la sens fébrile, délicate et fragile et même je la sens comme une éponge.

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Shannon au contraire a une confiance en elle, en ses moyens. Elle dégage de la joie, de la gaiété. Je sens qu’elle connaît le dressage et à l’écouter j’ai appris plus que sur tout autre cheval car j’ai eu à me forcer pour bien monter.

Orla, de son côté ayant été opérée pour une petite chip au boulet, s’est reposée dans le pâturage et je ne recommencerai à la monter qu’en juin, très doucement. Elle est aussi en forte poussée de croissance, donc il n’y a aucune urgence à la monter. En juillet, je l’amène en compétition, dans une classe de pas et trot où elle fait très bien, me donnant beaucoup de plaisir.

Les chimios ayant recommencé, je dois revoir mon équitation pour les adapter encore une fois aux effets secondaires et à leur durée. Comme les doses sont moins fortes, l’adaptation est plus facile.

Je passe ainsi l’été à me questionner avec Shannon. J’ai toujours mon problème de selle que j’essaie de régler avec des sous-tapis; ça fonctionne plus ou moins. Shannon est très intelligente et apprend très vite mais manque toujours d’équilibre. De mon côté ma recherche me fait faire des essais/erreurs et je dois aussi apprendre le développement des jeunes chevaux de A à Z ce qui est en soi nouveau pour moi. Avant, je les débourrais et je les vendais. Le marché n’étant pas bon, la récession bien ancrée dans l’économie m’amène à monter mes poulains et à devoir les développer.

Ma hantise est de trouver le moyen de monter sans utiliser mes forces.

Le contact..le fameux contact des mains me cause problème. Comment amener le poulain à tendre les rênes, comment détecter sa propre recherche et la séparer de la mienne ?

Donc je tiens mes rênes, et je me détend les bras. En me détendant ainsi, je me demande si je peux encore plus me détendre. Tout à coup le miracle arrive, le poulain tend les rênes…Mais c’est pour un court instant, car il relève la tête..Bien sûr il se déséquilibre ! Donc mettre de la jambe, ne pas bouger dans mon assiette !

Cette recherche constante va occuper mon esprit durant des mois entiers. Quelquefois j’y arriverai et cela me donne espoir. Si j’avais eu la force de me trouver un bon instructeur au sol pour me corriger, ma recherche aurait pris moins de temps.

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L’été 2010 m’apporte aussi un autre défi: ma trimeuse a un accident et ne peux plus trimer. Déjà un an que je fait affaire avec elle, que mes poulains sont parés avec la méthode du parage naturel que voilà je me retrouve sans ressource.

Je prend donc mon appareil phot et je m’achète une râpe. J’examine la situation et je me lance à entretenir les sabors de mes poulains. Ma première constation est que mes poulains sont très mal éduqués ! Comment les forgerons et pareur naturel font ils pour travailler avec des chevaux aussi indisciplinés ?

Déjà que de trimer demande une mémoire photographique, des coups de râpe judicieux pour éviter de gâcher le sabot; comment voulez-vous faire un bon travail avec un poulain qui grouille tout le temps ?  Ainsi va donc mon entreprise, que de commencer à éduquer mes poulains, de les entraîner à la patience et au respect. Au début, cela me prenait une heure par patte et tranquillement, les poulains ont compris et sont devenus gentils. De mon côté je me perfectionne à chaque fois que je les pare, j’apprend à connaître mes chevaux d’une autre manière; par les pieds.

Trimer les chevaux me demande beaucoup d’énergie, beaucoup d’efforts physique et aide aussi à éliminer les toxines de la chimio. J’apprend à voir si la nourriture est adéquate, la foulée de chacun aussi, ceux dont la muraille est plus fragile, etc, etc. Je  m’achète donc un poteau et tous les instruments nécessaires. Quand Deva reviendra de son accident, elle m’enseignera les petits détails et va continuer de trimer car mes forces vont lentement diminuer. Cependant, je suis contente d’avoir oser trimer mes chevaux car j’ai maintenant une meilleur connaissance de leurs pieds.

À l’automne 2010, je commence le débourrage de Télémann et de Tsunami.

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Tsunami m’inquiète; elle garde la bouche ouverte quand je lui met la bride. De plus, elle refuse de galoper à main droite. Elle chipote son foin donc je suspecte un problème de dent. J’appelle le vétérinaire, il râpe les dents mais le problème persiste.

Ce n’est qu’en janvier 2011, que l’on trouvera une minuscule dent de loup. à partir du moment où cette fichue dent, de la grosseur de l’ongle de mon petit doigt, la pouliche ira comme un charme. S’en suivra le festival de la dent de loup et tous les poulains seront vérifiés; on trouvera des dents de loup chez Orla, Télémann et Dynamite.

Avec 4 chevaux à monter, je me retrouve en dilemne et j’ai besoin d’aide pour continuer à monter tous ces poulains avec l’hiver qui s’amène. Je décide donc d’envoyer Orla et Shannon chez un entraîneur pendant que je continue l’entraînement de Télémann et de Tsunami.

2010 On retourne en chimio

L’année 2010 débute de la même manière que 2009 se termine; en congé de chimio mais sous surveillance mensuelle de mon oncologue. Durant cette nouvelle accalmie, je fais en quelque sorte un examen sur mon parcours, sur cette aventure et cette bataille. Je réalise comment j’ai gardé le cap, la même discipline malgré les problèmes, les embûches causées par le cancer et les traitements.

Malgré toutes les émotions engendrées par cette maladie, je n’ai jamais changé mes plans. Les choses prenaient plus de temps mais quand je regarde derriere moi, je suis étonnée de voir comment j’ai mené ma barque.

J’ai un profond besoin d’en parler. La pire chose dans la maladie est l’isolement et je ne souhaite pas demeurer isolée dans mon coin; sentant que j’ai des choses à dire, des conseils à donner, de l’espoir à apporter..La vie n’est pas fini quand on a un cancer ! Loin de là !

En mai 2010. je démarre donc un sujet sur le forum de Chronicles of the Horse dans la toute nouvelle section dédiée aux cavaliers ayant des maladies, Equestrian with disabilities. Je démarre donc le sujet suivant:  Comme il ne faut pas changer nos plans lorsque l’on est malade:

http://www.chronofhorse.com/forum/showthread.php?259284-Update-on-me-tells-me-don-t-ever-changed-your-plan-!

J’écris et je décris ma maladie et surtout comment je fais pour monter à cheval malgré tout, mes trucs, mes découvertes. Le sujet est encore actif, deux ans plus tard. J’ai eu un impact majeur sur la communauté équestre, plus de 100 000 personnes auront lu mon sujet, se seront préoccupés de savoir comment je gérais ma vie avec les chevaux.

En brisant mon isolement, en créant ce sujet de forum, il me semblait alors que l’aventure continuait et le fait de devoir écrire a renforci ma discipline de vie.

En mai 2010, le feu reprend aussi et mon médecin me propose du Taxol pure cette fois-ci.

Je sais que je vais perdre mes cheveux à nouveau, qu’il y a aussi un risque d’augmenter la perte de sensibilité aux doigts et aux pieds. Ma formule sanguine est bonne donc je décide de foncer..et de souffrir à nouveau.

Les dose de Taxol ne sont pas aussi fortes que la première fois et bizarrement, je n’angoisse pas trop car je connais le produit, j’ai connu pire. C’est sur que ça me dérange, que la perspective de retourner en chimio ne me plaît pas du tout. J’entrevoit déjà la douleur des effets secondaires. Mais je choisit d’y retrouner, de recommencer.  Même ma perte de cheveux ne me dérangent pas autant. J’ai accepté l’inacceptable.

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Il est clair que l’on ne parle plus de rémission. On parle de chimio de confort, on vise d’augmenter ma survie.

J’ai toujours gardé la force de vivre, le sourire malgré les épreuves. Les chevaux ont partagé avec moi et dans leur grande bonté furent des alliés inconditionnels.

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Les traitements dureront de mars à octobre et vont cesser car le risque de toxicité augmente et je courre le risque de paralyser.  Octobre marque donc la fin du traitement au Taxol; mon médecin me propose alors la chimio en pilules, le VP 16.

Les traitements au VP 16 dureront jusqu’en décembre, là où on constate que le CA125 ne montre aucun signe de baisse, mais plutôt monte drastiquement.

Le 13 décembre marque donc la fin des traitements de chimio.

Mon oncologue me serre la main et, en me regardant dans les yeux, me souhaite bonne chance. Je retourne à la maison avec mon petit bonheur.

C’est terrible de vivre un échec. Tout au long de ces années, j’ai combattu, je me suis concentrée à affronter l’adversaire, à le défier. Ma formule sanguine n’a jamais cassé, je n’ai jamais eu de complications, tout au juste 2 à 3 mois d’anémie. Je suis allée au Centre de recherche en cancer gynécologique à Montréal, j’ai rencontré les meilleurs oncologues du pays; j’ai demandé à participer aux programmes de recherche, à être cobaye. Mais pour le cancer de l’ovaire, il n’y avait rien. Qui plus est, le carcinome périténoal qui s’est lentement développé dans la région de ma rate est situé trop en profondeur. Le risque associé à une opération serait trop grand.

Au début de l’aventure, du diagnostic en 2007, mon oncologue m’avait prévenue que je partais de loin, que les chances de rémission était de 40%. J’ai donc combattu avec ce 40%. Je suis maintenant à 0%.

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Je retourne chez moi avec tellement peu d’information sur la suite des évènements. Mon conjoint me regarde en silence; comment vit-il avec l’ennemi invisible ? Au départ, sachant combien les gens malades deviennent isolés, je lui avait donné le choix entre continuer avec moi ou partir. Je savais que ce serait difficile pour lui, que tout serait difficile. Il a choisit de rester à mes côtés et de m’appuyer. Yves est très fort et très généreux. Je l’aime pour tout ce qu’il est.

Qu’est-ce qui s’en vient ?

Je me dit: C’est pas le temps de penser à cela; c’est Noël et j’entend fêter, boire du vin, moi qui ne peux jamais en prendre…On pensera à tout cela l’an prochain.

2009 ou l’aventure vers une meilleure équitation

Je désirais m’améliorer; surtout, je savais que je devais le faire si j’entendais continuer à débourrer et à monter mes poulains. Mon amie Sylvie, en montant Panthère m’avait montré ce que cela pouvait être et devait être.

Mais comment le faire sans force, sans énergie, sans être capable de me faire coacher de façon régulière. Je ne pouvais soutenir plus de 15 minutes sans m’effondrer….

En fouillant sur le net, un jour j’ai remarqué ce site, Scandinavian dressage forum;

http://scandinaviandressage.forumpro.fr/?sid=cbd05907433659c25750cea60aba5cc0

Je commence donc à lire les techniques de dressage et cela me plaît beaucoup ! Je sens que j’ai enfin trouvé un site qui peut me faire progresser. Donc je me jette à l’eau et, sur l’invitation de Pia Munck, j’attrape donc cette opportunité de travailler avec une coach virtuelle. Je n’ai rien à perdre, sentant l’urgence de changer et d’améliorer mes techniques de dressage.

Ainsi commence la plus formidable aventure où Pia corrige mes photos, me donne des pistes de réflexion. Je peux donc travailler à mon rythme, à la maison. En janvier 2009, me voilà inscrite à la Star Ac:

http://scandinaviandressage.forumpro.fr/t264-8-elene-progres-personnels-et-aide-technique-aux-autres

De la page 1 à la page 39, se trouve donc mon travail de 2009 avec Domingo et Lancer.

Les mains collées à l’encolure;  je devais donc poser mes mains sur l’encolure du cheval, de part et d’autre de la crinière à 5 cm l’une par rapport à l’autre.

Que je me mette à sentir la bouche du cheval et améliorer mon contact, ma main.

Ce que je n’avais pas prévu en faisant ce travail, ce sont toutes les émotions qui surgiraient d’un peu partout dans mon corps et traverseraient mon esprit !  La peur de perdre le contrôle du cheval, et aussi toutes sortes de peur liées à des incidents, des accidents que j’ai eu. Des flashs montaient dans mon cerveau, des tremblements me parcouraient et j’ai réalisé que je guérissais lentement mon corps.

Je crois fermement que lorsque l’on a un accident, la peur demeure inscrite dans la partie du corps atteinte et rend cette partie plus raide. Quand on arrive près de la zone grâce au mouvement, on peut avoir des tremblements incontrôlables qu’il faut laisser vivre, des flashs dans le cerveau qu’il faut laisser passer sans se juger, sans tenter de reprendre le contrôle.

J’ai réalisé aussi l’ensemble des jugements et des préjugés que j’avais envers les chevaux. De croire que le cheval se servirait de ma faiblesse pour sursauter, se sauver, partir en fou, ruer. Pauvres chevaux ! Sans nécessairement le vouloir, force est d’avouer que je leur prêtais beaucoup de mauvaises intentions.

Je n’avais pas compris que le mauvais comportement des chevaux était justement causé par les mauvaises techniques équestres, une selle mal ajustée et aussi des problèmes de santé physique, surtout des membres pas sains.

Je n’avais pas encore non plus compris le rôle de l’anxiété de séparation, ce langage particulier des chevaux. Comment certains sont plus anxieux que d’autres, comment cette anxiété se manifeste et comment le fait de mal monter, d’avoir une mauvaise selle ou que le cheval était pas sain augmentait dramatiquement cette anxiété.

En 2009, j’ai donc débuté mes apprentissages avec Domingo, un cheval très sain et une bonne selle. Le cheval est jeune, ne manifeste aucune anxiété de séparation, donc ne sursaute pas, ne se sauve pas. Il me donne tellement de sentiment de sécurité qu’en quelques mois, j’améliore ma technique pour mon bonheur. La chimio de juin et juillet me donne atrocement mal aux jambes; en compétition, mon conjoint Yves doit me pousser sur le derrière et Sylvie, qui est venue m’aider tire sur ma jambe pour que je passe cette dernière par dessus le dos de Domingo. Mon poids n’aide pas non plus. Un manque de sensibilité aux doigts se développe et c’est avec beaucoup de peine que j’essaie d’attacher les boutons d’un veston rendu trop petit pour moi.

Domingo de Grey

Je n’ai aucune force, mes mains tiennent les rênes; je me sert de mon poids pour mouvoir Domingo. Faire une classe de pas et trot simple en soi mais  pour moi c’est une montagne !

Mon désir de faire des compétitions fait partie de ma bataille, je veux aussi donner une expérience à mes poulains, parce que je veux vivre et que l’effort immense que je m’impose est directement proportionnel à ma volonté de vaincre le cancer. C’est cette discipline de vie qui me permettra d’oublier le cancer.

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Quand je suis à cheval, je deviens un simple cavalier, je n’ai plus mal et je ne suis plus malade.

Voilà ce que je vais me forcer à ressentir durant toutes ces années et depuis.

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Domingo nous quittera vers juillet avec sa nouvelle propriétaire et je continue donc mon chemin avec Lancer.

Lancer est différent de Domingo; d’abord je ne réalise pas qu’il n’est pas sain, qu’il a deux chips dans les jarrets. J’ai beaucoup de difficultés à mettre Lancer sur la main. Soit qu’il se mette derrière le mors, soit qu’il joue avec son mors. Il a tendance à dormir sur les chaînes. Il est sensible aussi et plus joueur. Sa condition de santé l’amène à avoir beaucoup d’anxiété de séparation. Je continue mes apprentissages mais je perd du temps à cause de tout cela. J’y arrive quand même en bout de ligne; j’arrive à sentir Lancer en impulsion, poussant fort avec ses postérieurs, me portant dans son dos.

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J’arrive aussi à comprendre les mécanismes de l’impulsion, comment me faire porter par le cheval. Comprendre aussi comment faire mes demi-arrêts, à quel moment et à vivre enfin les prémisses du tact équestre, du timing des aides.

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Lancer le 20 nov 09

Ce n’est qu’en février 2010, que j’ai finalement fait faire des radios et découvert son problème. Lancer sera acheté par une personne informée de sa condition et qui en prendra soin car il est beau, sympathique et peut faire du travail léger, ce que la personne recherche.

J’ai aussi beaucoup de travail au sol à faire avec les poulains qui grandissent sur notre ferme. Bien que j’aille une petite base de Parelli, en fouillant encore sur le net, je trouve un site, Horse problems Australia qui va m’aider beaucoup à comprendre la nature des chevaux, qui m’aider à développer encore plus ma capacité d’écoute à travers des techniques.

http://www.horseproblems.com.au/Horseproblems%20home%20page.htm

La dame fait du dressage et Monsieur fait du Natural Horsemanship. Ils font aussi de la ré éducation des Standardbred en Australie. J’aime leur façon de penser, d’aimer les chevaux et eux aussi dénoncent les mauvaise techniques équestres comme étant responsables de tellement de chevaux malheureux.

C’est au contact de Lancer et de Domingo que je réalise que les chevaux se parlent entre eux; je vois Lancer dire à Domingo où passer dans le pâturage, je le vois amener son ami vers le meilleur côté de la balle de foin.

Le fait de marcher lentement m’a permis d’observer mes poulains, de voir si le travail que je faisais avec eux était bon. Quand je me pointais, les chevaux arrivaient vers moi, se tenaient à la barrière, se disputaient mon attention. Ces moments me remplissaient de bonheur ! Je me suis mise à leur parler, à leur confier ma maladie, à montrer ma faiblesse. Dès lors, je sens et depuis, une merveilleuse complicité avec eux. Mes poulains se sentant écouter ne se gênent plus pour me parler même si quelquefois ça me prend du temps avant de comprendre.

Elène, Tsunami et Télémann

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À l’automne 2009, je commence le débourrage de Shannon et de Orla. Quelques semaines en selle, un repos au champs et ensuite je prévois les emmener vers une écurie avec manège intérieur pour deux mois de travail, introduction à la randonnée pour ensuite leur permettre de se reposer à nouveau avec les autres.

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Dans mon travail avec les jeunes chevaux, j’ai aussi compris l’importance de donner un traitement par un ostéopathe avant de débuter le débourrage. Les poulains en grandissant jouent beaucoup, tombent, glissent et donc ont des blocages. En traitant mes poulains avant de les débourrer, je m’assure que le poulain n’a plus de blocages, que ces hanches sont droites, donc je peux commencer le travail sans exacerber quelque chose qui existe déjà.

L’équitation est une affaire de position et de partenariat, et surtout une affaire de coeur !

Le cheval me porte et me transporte donc je n’ai pas besoin d’utiliser de force pour me mouvoir; je dois trouver comment convaincre le poulain de me porter.

Être à cheval, c’est habité mon corps jusqu’au bout de mes orteils, c’est prendre conscience de ma volonté et que cette volonté est partout dans mon corps.

L’équitation est une affaire de conviction plus que tout autre chose et l’écoute à ma jambe devient incontournable. Je dois travailler à ne pas hésiter dans mon esprit, que nul doute ne m’habite, que tout soit clair dans ma tête et que ce n’est qu’une question de temps pour que le cheval accepte de se soumettre à ma volonté.

Pour le cheval, l’autorité signifie la sécurité. En harde, il se soumettra à la jument dominante, il obéira à cette dernière sans aucune hésitation. Si j’aspire à me faire obéir des chevaux, je dois devenir la jument dominante et en accepter toute la responsabilité. Donc bien entourer le cheval avec mes jambes, m’asseoir profondément dans la selle, être en béton dans mon assiette et mes jambes, souple et éthérée dans le haut du corps.

Si on décolle nos jambes des flancs du cheval, on abandonne le cheval à son sort, ce qu’il ne peux mentalement supporter. Certains chevaux dominants vont accepter d’échanger leur rôle pour que l’on devienne le chef ; d’autres, en fait la plupart, vont remettre leur vie entre nos mains.

Je découvre donc qu’il y va donc d’une grande responsabilité quand on prétend vouloir monter à cheval; notre langage doit être clair, précis. Notre esprit doit être plein de compassion pour notre partenaire, plein de support. Que dire aussi de nos intentions ? Avons-nous l’intention de travailler sur soi, de vivre de la joie, de communiquer ou avons-nous l’intention de nous servir du cheval pour satisfaire nos ambitions personnelles ?

Le cheval est très sensible; Pat Parelli mentionne qu’une mouche fait déplacer un cheval. Donc je me dit que je serai cette mouche, que la mouche ne fait pas d’efforts et en étudiant l’effet de la mouche, j’ai découvert l’effet des influences, le poids du cavalier, les effets de poids, la position du cavalier, comment celles-ci influencent.

Voilà donc l’essentiel des découvertes que je fais. Je découvre un monde insoupçonné au fond de moi, des forces dont j’ignorais la puissance.

Je découvre aussi la résilience des chevaux, un puit sans fond de pardon, de bonté et de patience. Les chevaux ont fait un partenariat avec l’homme depuis des siècles; ils ont accepté de prêter leur force physique mais ont conservé leur langage, leur culture. Le cheval est une société distincte en soi.

2009: une accalmie de très courte durée

L’année 2009 a donc débuté par la poursuite de l’accalmie débutée en juillet 2008; chaque rencontre avec le médecin, chaque prise de sang montrait par le CA125 que le cancer se tenait tranquille, qu’il n’y avait pas d’évolution.

Quel bonheur de travailler même si je ne pouvais soutenir une semaine complète; j’étais quand même à 4 jours semaine. Le cancer avait toutefois changé ma vision de la vie. Si auparavent j’étais une personne qui visait l’excellence, la performance, l’atteinte des résultats, le cancer m’avait rendue plus humaine et avait changé mes priorités.

En peu de mois, j’avais beaucoup vieilli. Là où je m’énervait avant, maintenant je voyais beaucoup plus la futilité des choses. Malgré tout, je continuais d’être efficace dans mon travail et d’adorer les défis à relever.

Cependant, ce fut de courte durée qu’en Mai 2009, le cancer se remit à flamber à nouveau.

Le traitement aux hormones, le Mégast, n’avait pas donné grand chose, mis à part l’énorme prise de poids. En effet, j’ai dû prendre au delà de 30 livres en un an ! J’avais retrouvé mes chevaux mais mon visage et mon corps avaient maintenant tellement gonflé que j’avais l’air d’un obèse. Un autre coup pour mon estime de moi !

Quand on combat une si terrible maladie, on accepte bien des souffrances liées à la maladie elle-même, ensuite aux effets secondaires des médicaments.  Mais il y a tout l’aspect de l’estime de soi, frappé par la perte des cheveux d’une part mais aussi par les changements corporels occasionnés par l’oedème, l’enflure. Les swings de poids que l’on ne peux pas contrôler, car dans le cancer, il ne faut pas se préoccuper du poids. Ça finit par user mentalement; on a beau dire mais les changements d’apparence finissent par nous atteindre.

Comme toute les femmes, je voulais me sentir belle ! La beauté intérieure..OK mais en bout de ligne, quand on est bouffie et grosse, disons-le, ça aide pas à se sentir bien dans sa peau !

Voilà donc de quoi j’avais l’air en juin 2009, à mon grand désespoir, quand mon poids a culminé à 190 livres :

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Le carboplatine

Les traitements ont donc débuté en mai 2009 et se sont terminés en juillet suite à une méga réaction allergique où, lors du début du traitement, je suis tombée en insuffisance respiratoire.  La force du carboplatine a été telle que mon cancer s’est à nouveau endormi et j’ai eu droit à un autre congé de chimiothérapie qui dura pour le reste de l’année.

Le carboplatine a énormément affecté mes reins de sorte que j’avais beaucoup de difficulté à marcher, j’avais énormément mal aux jambes. Aller à l’écurie qui se trouve à 50 pieds de la maison m’a demandé beaucoup d’efforts et que dire de monter à cheval !

Mon surplus de poids n’aidait pas du tout; il a fallu que je m’habille à nouveau, je n’avais plus rien qui me faisait ! Mes doigts bouffies avaient de la difficulté à attacher mes boutons et mon veston de dressage, trop petit lui aussi menacait de déchirer sur toutes les coutures.

À compter du mois d’août, mon poids s’est tranquillement mis à baisser de sorte que lentement, j’ai retrouvé mon poids normal l’année suivante et j’ai pu récupéré mon estime de moi par la même occasion.

Cette recette de chimio m’a complètement mise à terre, m’a brûlé en quelque sorte et même si j’ai reçu un congé de chimio, même si cela avait fonctionné, je n’ai plus jamais eu la force nécessaire pour retourner au travail.  Ma vie professionnel était donc terminée. Ce fut un grand deuil à faire.

Il me restait à récupérer de cette chimio, ce qui prit plusieurs mois. Dorénavant, je n’avais plus que les chevaux, mon conjoint toujours présent et aussi aimant et ma survie. Durant l’automne et l’hiver 2009/2010 c’est lentement que j’ai pu reprendre un peu de moi.

Pour la première fois de ma vie, je me sentais usée et tellement vide de toute force, qu’elle soit physique ou morale.

2008 et les chevaux; début des prises de conscience

En décembre 2007, je me départit avec regret de ma jument Leena. J’avais acheté Leena à l’âge de 18 mois, en 2002 et mon objectif à ce moment-là était de m’investir avec Leena pour faire du dressage éventuellement de haut niveau. Leena, un jument demi-sang suisse (Swiss warmblood) croisé trotteur français avait un mouvement aérien, fut d’une facilité incroyable au débourrage et à l’entraînement. En 2006, lors de mon opération pour la rate, je fait un échange avec une personne qui deviendra ma grande amie, Catherine, donc elle monte Leena durant ma convalescence et la montera en compétition durant l’été 2006 alors que je l’aiderai à débourrer son poulain Adonis lorsque celui-ci sera prêt.  Catherine avait été entraînée par les meilleurs en Ontario et possédait les connaissances en développement de jeunes chevaux; elle possédait une main douce mais experte. Leena, sous sa gouverne a progressé de manière fulgurante et Catherine a donné à Leena les bases nécessaires. Autrement dit, elle a fait la jument.

Durant l’été 2006, nous avons donc monté tour à tour Leena en compétition et débourré le poulain de Catherine, le beau Adonis. Catherine partageait le même rêve que le mien dans ces années et se préparait une monture pour aller loin en dressage.

Au printemps 2006, j’avais fait inséminer Leena avec l’étalon Titulus (trakehner) en prévision d’avoir un poulain en 2007; cette jument était si extraordinaire que je devais me développer un poulain d’elle.

Mon amie Catherine fut dans ma vie une personne qui a fait naître au fond de moi l’envie de devenir une meilleure cavalière. Elle a entre-ouvert une dimension nouvelle pour moi sur l’équitation, sur les techniques équestres. En 2007, alors que le cancer me frappait, j’ai donc pris cette décision. Je me suis dit que Reiner Klimke, le grand cavalier de dressage qui nous avait quitté quelques années auparavent, entraînait des chevaux au ciel. Ainsi lorsque je mourrai, j’irais directement vers lui et Dr. Klimke ne tolèrerais pas d’avoir dans ses élèves un si piètre cavalier. J’ai donc décidé de consacrer mes dernières années sur terre à devenir un meilleur cavalier et ainsi, rendue au ciel je porrais poursuivre ma technique sous la coupe de Dr. Klimke. Pour se faire il fallait absolument que j’améliore mon contact, mon assiette, que j’étudie les principes de dressage, que j’améliore mes connaissances dans le développement des jeunes chevaux.

J’avais beaucoup de connaissances en débourrage et aussi en récupération de chevaux maltraités ou devenus immontables; aussi inconsciemment une relation spéciale avec les chevaux, je savais bâtir la confiance avec eux, rétablir les ponts mais dans les faits, je n’avais pas une grande technique de monte. Je n’avais pas une belle assiette, je n’étais pas élégante à cheval, j’évitais de prendre contact avec la bouche du cheval car je savais que je n’avais pas la meilleure main.

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Quand le cancer est arrivé en 2007, Leena était donc à la maison, à vivre sa gestation. Durant l’été et surtout l’automne 2007, après son poulinage, j’avais recommencé à la monter, à la remettre en forme mais je voyais bien que notre avenir dans le dressage de haut niveau était lourdement compromis donc je decidai donc de la mettre en vente car me disais-je, elle avait trop de talent pour rester dans le pâturage chez nous. Et ce n’était pas la meilleure mère au monde, bien qu’elle me donna deux poulains magnifiques.  Loin de faire mal à ses poulains, Leena ne ressentait pas pour eux des sentiments très maternels; il fallait la mettre dans un espace à part, lui fournir une gardienne pour l’aider à élever son poulain. Son avenir était réellement dans le carré de dressage.

Leena m’a donc quitté en décembre 2007. Ce jour-là mon coeur s’est brisé car j’ai mis une croix sur mes rêves de faire du dressage de haut niveau et ma jument adorée partait. Celle que j’avais élevé, débourré et entraîné avec tout mon coeur me quittait. Son nom, Leena signifie Illumination en russe; cette lumière venait donc de s’éteindre.

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En 2008, j’avais entraîné Panthère durant l’hiver. Le pauvre avait attendu 1 semaine et demi dans son box avec des sorties minimales durant mon accident de chimothérapie en janvier 2008. Mais somme toute, j’avais réussi à le monter régulièrement malgré les traitements qui ont continué par la suite.

J’étais survolté par le combat et j’avais apprivoisé mes traitements ainsi que la période des effets secondaires pour savoir monter entre ces périodes; c’est ainsi qu’en mai 2008, je suis allée suivre une leçon d’équitation deux heures après avoir reçu mon traitement de Topotecan !

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En équitation à ce moment, j’étais comme un golfeur novice qui n’est pas capable d’identifier ses bons coups des moins bons. Pourquoi je monte bien et que tout à coup je monte mal. Pourquoi j’arrive à faire une mise en main et que je la perd dans les instants qui suivent ?

La première réponse que j’ai reçu fut d’abord d’examiner ma selle. Une rencontre avec Vicky Lefrançois, ajusteur de selle m’a fait faire tout un bond dans mes connaissances en la matière que je qualifierais aujourd’hui de bien piètres.

Quand la selle n’est pas bien ajustée;

On ne peux pas avoir le cheval sur la main;

Le cheval ne peux être monté en avant des jambes;

Il peux même développé des comportements inhabituels, à la limite dangereux car peux se mettre à ruer !

En effet, si les épaules sont pincées par une selle qui ne fait pas, comment voulez vous que le cheval ait un quelquonque désir de se porter en avant ? Si le dessous de la selle comporte un couloir étroit qui pèse sur la colonne vertébrale, cela est dommageable au cheval. Enfin, si la selle comporte des défauts de construction, si elle est croche, si l’arçon se brise, tout ce que l’on offre au cheval ce sont des longues minutes de douleur a être monté. Comme la plupart passe leur journée en box, que les chanceux vont avoir 2 heures de sortie par jour, imaginez l’angoisse de ce cheval quand il va vous voir arrivé à l’écurie car l’heure qui suit ne lui apportera aucun plaisir. C’est une bonne raison pour lui de fuir le cavalier.

Ainsi, quand j’ai commencé à analyser le monde des selles, je me suis rendue compte des faits suivants:

Il n’y a aucun standard dans cette industrie; chaque sellier possède ses propres standards de grandeur de selle;

La plupart des selles sont faites pour les hommes ! Quelle ironie quand on sait que maintenant le sport est pratiqué en grande majorité par les femmes;

La plupart des selles ne sont pas ajustables au cheval. Il y a bien certaines selles qui comporte des largeurs d’arbres que l’on peux changer mais cela demeure rudimentaire;

Il n’existe pour ainsi dire très peu de service d’ajustement, très peu de service point à la ligne. On dépense donc des milliers de dollars sans être convenablement conseillé ! Il n’y a même pas de guide d’utilisation et d’entretien ! Juste l’étiquette du prix ! C’est un non sens ! À la limite une arnaque ! Tout cela se fait sur le dos des chevaux et dans le portefeuille des cavaliers.

Vient ensuite le merveilleux monde des sous-tapis qui, d’une certaine manière camoufle les problèmes, donne bonne conscience au propriétaire du cheval, soit par leur rôle d’amortisseur ou leur fonction de mousse mémoire.

Et ce, toute discipline confondue ! Que ça soit en western ou en classique.

Ainsi ma chasse à la bonne selle a commencé. Vicky m’a montré comment mesurer le garrot d’un cheval, comment me faire des canevas et m’a longuement expliqué comment ma selle ne me convenait pas et ne convenait pas à mes chevaux.

Il y avait une certaine urgence à m’éduquer car, j’avais deux poulains, Lancer et Domingo qui devaient être débourrés à l’automne. Deux grands chevaux en plus de Panthère et de Leena que je montais. Il devenait donc urgent de me trouver une bonne selle.

Je suis donc partie de Saint-Paul et j’ai fait 4 boutiques équestre; j’ai au moins vu 50 selles, j’en ai sélectionné 3 qui faisaient au cheval et à moi et je suis revenue avec une. Ma première bonne selle fut donc une vieille Schleese JES Élite non ajustable mais qui avait au moins le mérite de faire à mes chevaux et me procurait assez d’espace pour que j’ai une bonne assiette, que ma jambe tombe à la bonne place.

Aujourd’hui je ne jure que par Schleese. J’ai maintenant deux selles ajustables, une Link II et une JES Élite, toutes deux usagées mais en excellente condition; Elles font à mes deux derniers poulains depuis le 6 octobre 2012 et il y a tout un monde entre le cheval bien sellé de celui qui ne l’est pas. Schleese est une entreprise canadienne et ils offrent assez de cliniques d’ajustement par année pour satisfaire la clientèle.

Elles sont dispendieuses mais si peu quand on considère les frais d’ostéopathes que ça coûtent pour replacer les dos des chevaux, les performances du cheval, les blessures à long terme qu’une mauvaise selle cause. Les gens sont professionnels, prennent les mesures du cheval et du cavalier, font les essais, ne comptent pas leur heures pour obtenir le meilleur ajustement.

Donc, revenons à notre histoire….

Aussitôt que j’ai mis la selle sur Panthère, ce dernier s’est mis à avancer, j’ai pu donc le monter devant mes jambes. J’ai pu aussi le galoper car Panthère ne voulait pas galoper avec l’ancienne selle ! Bien entendu, pas fou le cheval ! La selle lui pincait les épaules donc, se sentant bloqué, pas question pour lui de franchir cette douleur pour mes beaux yeux et ce, peu importe la longueur de la cravache ou de mes éperons.

La saison de compétition arrivait et, comme j’ai eu mon congé de chimio vers juin, j’envisageais avec impatience de faire avec Panthère les classes de pas et trot. Ce ne sont pas des classes très prestigieuses mais pour moi, dans l’état où j’étais, avec un jeune poulain de 4 ans, ces classes m’apparaissaient comme une montagne, comme un défi et c’est dans cet esprit que j’abordai cet été.

En juillet 2008, je gagnais ma première classe, mon premier championnat avec Panthère, ce merveilleux Cheval Canadien en pas et trot, un mois après avoir cesser la chimio. Pour moi, c’était un coup de pied au cancer, une victoire sur cette maladie, un bonjour à la vie. Cette discipline que je me suis imposée, la mâchoire serrée, tout cela avait du sens, avait un sens et j’ai vécu cet été là, porté par l’espoir et l’énergie retrouvée.

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Pourtant, durant ces jours, je cherchais toujours à améliorer mes techniques de monte. Avec la bonne selle, j’avais au moins l’assurance que Panthère se mobilisait sous la selle avec aisance. Donc, il était temps pour moi de découvrir ce qui ferait de moi un meilleur cavalier.  Tout l’hiver à monter sans force m’avait montré comment le contact de mes mains était rigide et comment j’avais corrigé cela mais mes forces revenant, je retombais dans le même panneau. Je n’avais pas de réponses à cela.

Mon principal problème en 2007 et en 2008 est que ma faiblesse est si grande que je ne peux pas suivre des cours pendant plus de 15 minutes, à la limite 20 minutes. J’ai bien essayé d’en suivre mais c’est tellement difficile et épuisant ! Je dois donc apprendre par moi-même, trouver une approche qui me convienne.

Mon amie Sylvie vient à la maison pour m’aider à débourrer Domingo et Lancer durant l’automne; je lui demande de monter Panthère.

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Je suis sans voix ! Comment fait-elle pour monter ainsi, comment faire pour que Panthère bouge ainsi. Qu’est-ce que je fais de pas correct ?

L’encolure qui s’abaisse, le dos qui swing, le postérieur qui se porte en avant sous le poulain…COMMENT ÇA que je ne suis pas capable MOI ?

J’ai devant moi ce à quoi j’aspire à être et les mois qui suivront seront donc consacrés à chercher une façon de mieux m’éduquer, la recherche d’une méthode d’apprentissage avec mes moyens du bord, c’est à dire, sans professeur au sol.

2008- La bataille du cancer

Janvier 2008 me transporte dans cette nouvelle année avec la même détermination, le même désir de me battre contre l’ennemi invisible que j’appèle maintenant la maladie.  Lorsque j’entre dans la salle des traitements, je suis toujours animée par toutes sortes de peur qui me rendent nerveuse. Cette nervosité dans mon cas se change en bonne humeur, en énergie. Je ne cesse pas de parler !

J’entretiens donc la salle et ses occupants de toutes sortes d’histoires, de farces jusqu’à ce que les médicaments de la chimio, surtout le Benadryl m’amène à dormir. En y repensant, je suis certaine que cette torpeur était appréciée des gens dans la salle car ils pouvaient eux aussi se reposer de mon verbillage incessant.

Mon oncologue m’annonce que nous changeons de recette de chimio; la prochaine recette est le Caelix.

Heureuse nouvelle car mes cheveux recommenceront à pousser ! Et aussi que les traitements dureront à peine deux ou trois heures. Le bonheur !

On m’informe par contre que le Caelix provoque des syndrômes palma-plantaire, donc que la plante des pieds et les paumes de mes mains deviendront rouges, irritées et à la limite brûlantes. Donc durant les traitements, on me met les mains dans des mitaines glacées. Ce n’est pas la meilleure expérience de ma vie ! Le pharmacien me conseille de tenir mes mains et mes pieds dans de la glace le plus souvent possible dans les jours qui suivent le traitement.

Aussi je dois éviter les bottes et souliers serrés.

Donc de retour à la maison, j’essaie de suivre les conseils du pharmacien dans la mesure du possible et de ma compréhension. Le premier traitement, tout se passe quand même assez bien mais suite au deuxième traitement, mes paumes de mains et mes plantes de pied commencent à prendre un aspect rougeâtre, ça pique et ça chauffe.  Régulièrement je trempe mes pieds dans l’eau avec de la glace, j’entoure mes mains dans des chiffons placés au congélateur.

Mais voilà qu’un soir, alors que nous étions allés manger chez des amis, une brûlure intense se manifeste durant le repas. J’avais apporté des pantoufles mais les brûlures augmentaient tant et si bien qu’après le repas, je demande à Yves de quitter le repas. C’est trop dur, ça fait trop mal. Je souffre le martyr ! J’arrive à peine à me déplacer; impossible d’enfiler les bottes donc je sors dehors en pantoufles et monte dans la voiture ainsi.

De retour à la maison, je me met les deux pieds dans l’eau glacée mais la crise continue; je suis couverte de sueur. La souffrance est à son paroxisme !

J’arrive quand même à calmer la douleur à force de laisser mes pieds dans la glace et je parviens tant bien que mal à dormir.

Le lendemain, je réalise que la plante de mes pieds est couverte de cloches, d’immenses cloches qui couvrent la moitié de la plante de mes deux pieds ! Je marche difficilement, en fait j’arrive à peine à me déplacer et que dire de la douleur !

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Comble de malheur, en revenant de l’écurie, mon chum m’annonce que les poulains Tsunami et Télémann ont renversé durant la nuit l’abreuvoir chauffante et que l’abri ressemble à un lac. Je ne peux le laisser tout seul avec ce drame, donc je m’entoure les pieds dans des bas, puis dans des sacs de plastique, je prend les bottes les plus larges que j’ai, et je me traine à l’écurie pour nettoyer les dégâts.

Dans l’abri, c’est de l’eau sur de la glace avec du fumier ! Une vrai dégât qu’en silence, nous nettoyons; on parvient à faire disparaître l’eau en entier car heureusement le sol est gelé. On enlève le fumier, tout dégoulinant d’eau que l’on remplace par de la sciure de bois pour finir d’éponger et on remet les deux petits diables dans leur enclos.

Arrivée à la maison, je prend des photos de mes pieds que j’envoie à la compagnie qui fabrique le produit ainsi qu’à Santé Canada. Je n’aurais aucun support de Schering Plough, aucun représentant ne viendra à la maison constater les dégâts causés par leur produit. À Santé Canada, on me répond que j’étais informée du syndrôme palma plantaire;  plusieurs années plus tard, un médecin me dira qu’il n’aurait pas fallu que j’utilise de l’eau glacée mais bien des serviettes glacées ou les produits que l’on utilise maintenant, soit les mitaines et les bas que l’on met au congélateur et que l’on applique.

Je suis désespérée ! J’arrive à peine à me déplacer dans la maison et surtout, j’ignore comment je vais guérir mes pieds !

Je demande à mon chum d’appeller l’ambulance et me voilà donc à l’hôpital, au département d’oncologie. Tout le monde regarde mes pieds comme si j’apportais quelque chose de la planète Mars. Dans les faits, personne ne voulait toucher à ça étant donné que c’était un accident chimique. On m’entoure les pieds de bandages et on me renvoie à la maison sans recommandations, ni protocole de soins, sans rien !

Le seul commentaire que l’on me dit est que la guérison sera très longue, quelque chose comme 3 mois.

3 mois ! Vous êtes devenus fous ! Comment vais-je survivre 3 mois sans marcher ?

Le retour à la maison n’a pas duré plus de quelque jours et je retourne à l’hôpital mais cette fois, je me rend à l’urgence. Couchée sur la civière, je tire sur la couverture pour que mes pieds soient bien en évidence et je souhaite qu’un médecin passe et les regarde. Au bout d’une demi-heure, effectivement, un médecin passant par là voit mes pieds et s’exclame: Pauvre vous !

Elle prend aussitôt les choses en main, débride les plaies, mets une crème sur ce dernières et m’entoure les pieds de bandages. Elle arrive à me convaincre de rester quelques jours à l’hôpital afin de bien commencer le traitement et d’éviter les risques d’infection.

Me voilà donc en observation à l’urgence. Le soir même, une dermatologue passe et décide de changer la crème pour de la Flamazine. Cela ne fait pas 20 minutes que les pansements sont refaits que mes pieds commencent à brûler. Je me met aussitôt à demander de l’aide, que je ne reçois pas bien évidemment. Je martèle que le traitement ne fonctionne pas et je demande à ce que l’on retourne au traitement précédent.

J’ai la rage au coeur..Encore des souffrances et pourquoi ? Parce que tout le monde est en train de souper, que ceux qui restent sont débordés, parce qu’ on ne peux contredire le diagnostic et le traitement d’une dermathologue !  Plus tard, j’apprendrai que l’on ne met pas de la Flamazine sur des plaies débridées.

J’arrive donc à trouver le médecin de l’urgence. Je lui demande donc de revenir à l’ancien traitement, de me prescrire les bandages et la crème, ainsi que de l’hydrothérapie et j’appelle mon conjoint pour qu’il vienne me chercher car je ne suis pas en sécurité dans cet hôpital. Le lendemain matin, j’allais poster ma lettre de plainte à la direction générale pour la façon dont j’avais été traitée ce soir-là à l’urgence.

Et là, arrivée chez moi commence donc mes efforts afin de guérir mes pieds. L’été précédent, j’avais eu à l’écurie, ma jument Leena qui s’était blessée. Une belle blessure ouverte, que j’avais guérie par hydrothérapie et en faisant des bandages dans lesquelles je mettais comme pommade un mélange de miel et de sucre. Je me suis dit que si cela avait été bon pour le cheval, ce le serait pour moi.

Donc j’alterne entre la pommade de l’hôpital et la pommade miel-sucre, je me fais de l’hydrothérapie 3 fois par jour en pesant fort dans le bain car l’accident de chimio avait brûlé non seulement mes pieds mais aussi mes terminaisons nerveuses. Mes orteils étaient recroquevillées, dures, sans souplesse. Je me faisais ensuite des bandages.  Finalement, je me rendis à l’hôpital pour mes séances d’hydrothérapie.

Une semaine plus tard, je marchais normalement et je me rendis en oncologie pour montrer mes pieds aux infirmières, surtout à celle qui m’avait donné le pronostic de 3 mois de guérison. La semaine suivante j’étais de retour à cheval.

J’ai aussi gagné contre Schering Plough une certaine victoire puisque Santé Canada a ordonné une enquête, que mon cas a été publié au Québec, pour le bénéfice de tous car je me disais que cette souffrance n’allait pas être inutile.

Mon instinct de guerrière, ma détermination avait fait en sorte que j’avais pu raccourcir le temps de guérison.

Par la suite, mon oncologue, suite aux bons résultats que les deux traitements de Caelix avaient eu sur mon organisme, me donna un mois de congé de chiothérapie.

En Mars 2008, nous avons donc commencé la recette du Topotecan.

Le topotecan, après mes aventures du Caelyx et la toxicité du Taxol, était un traitement sans problème.

En Juin 2008, mon CA125, le marqueur du cancer dans le sang est rendu à 9 ! Mon oncologue me donne donc congé de chimio et je n’ai que des suivis mensuels !!!

VICTOIRE !!!

J’allais enfin vivre sans chimio; je n’ai pas de rémission mais la réponse aux médicaments a été tellement bonne que j’ai un congé. UN CONGÉ !!!

Mon oncologue est content et ne cesse de me répéter que c’est grâce à mon esprit combatif qu’il a pu m’aider.  Il me prescrit donc des hormones, le Mégast et m’envoie à la maison avec un rendez-vous de contrôle à tous les mois.

Je ne peux décrire ici dans quelle euphorie je me trouve. Mes rêves peuvent encore se réaliser et l’espoir le plus fou me transporte. J’ai beaucoup d’énergie, je me retrouve comme avant, prête à tout recommencer, à poursuivre ma vie là où je l’ai laissé.

Ainsi en Août 2008, je retourne au travail. Ce retour fut plus difficile que je ne l’avait prévu mais somme toute, une occasion de vivre à plein, de retrouver mes dossiers et de vivre normalement.

Et c’est ainsi que se termine l’année 2008 ! Le seul point négatif au tableau, c’est que les fameuses hormones font prendre du poids. Beaucoup de poids ! Je suis traversée par la faim et je voit des cuisses de poulet sur tous les murs, donc je me met à manger outre-mesure. Et ce, malgré le fait que je m’alimente bien, que je mange des légumes. La conséquence est que je prend au moins 30 livres !!!

Je commence à avoir un duvet sur la tête, mes cils et mes sourcils repoussent enfin. Mais je ressemble à une grosse patate sans féminité.

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2007- La bataille du cancer; le commencement.

Mars 2007, dans la chambre d’hôpital, je me réveille suite à l’opération. J’ai le ventre broché, une sonde d’urine, un soluté au bras.

L’infirmière est toute contente de m’annoncer qu’une pompe à morphine a été installée et me permettra juste en actionnant la pompe de me donner suffisamment de morphine lorsque la douleur resurgira.

Forte de ces informations, je m’endors, encore sous l’effet de l’anaesthésie. Mais tranquillement mon ventre dégèle et la douleur me réveille. J’actionne donc la pompe et j’attend. La douleur augmente lentement durant les longues minutes qui suivent..J’actionne donc la pompe encore..Au bout de longues minutes; j’ai maintenant le ventre en feu et j’appelle l’infirmière. Elle arrive et me demande si j’ai actionné la pompe; je lui répond que oui, j’ai bien actionné mais rien ne se passe.

Les heures se succèdent et j’actionne toujours la pompe sans réel résultat; la panique commence à s’installer. Personne ne m’avait préparer à vivre une telle douleur !

Les heures se sont succéder, l’infirmière me donne des Tylénol en désespoir de cause et la rage au fond de moi-même m’a permis de traverser cette nuit d’enfer, le ventre en feu, en comptant les heures qui me séparaient du matin.

Quand le fameux matin est arrivé, me voilà enragée à un point tel que les infimrières ont fait venir l’anaesthésiste, responsable des calculs de morphine de la fameuse pompe. Pour s’apercevoir qu’il s’était trompé et que des quantités négligables d’anti-douleur m’avaient été administrées.

S’en est suivit un recalcule des doses pour finalement arriver à me soulager de cette douleur.

On enlève les broches, la sonde et aussitôt je suis debout à marcher dans le couloir, étourdie mais vivante et surtout pleine d’adrénaline de combat que la nuit de douleur avait exacerbé.

Disons que la relation avec le personnel hospitalier ne fut pas des meilleures à ce moment.

La deuxième nuit m’attendait.

Me voilà incapable d’aller à la selle; une petite tumeur probablement installée au rectum me cause des douleurs effroyables et m’empêche carrément d’évacuer, m’arrachant des larmes aux yeux. L’infirmière est devant moi, les bras en signe d’impuissance.

J’arrive à téléphoner à un de mes amis et, d’une voix très douce et calme, je lui annonce que j’ai le cancer. Je lui raconte comment je vais me battre, je pleure mais je reste calme. L’infirmière arrive sur l’entrefait et me dit:

Vous êtes capable de pleurer ?

Cette nuit là fut le début de ma bataille; j’avais choisi de me battre, de vivre et de prendre tous les moyens pour le faire. J’ai aussi cesser de dormir de façon naturelle, depuis cette nuit, j’ai toujours besoin de somnifères et encore aujourd’hui.

Je me sens sur le sentier de la guerre et toute mon énergie sera polarisée pour vivre et survivre.

De retour à la maison le lendemain et heureusement ma soeur qui est médecin vient passer quelques jours avec moi. Je n’ai toujours pas été à la selle, des douleurs effroyables au rectum me font pleurer; Mon Dieu, je n’ai jamais souffert autant !

Ma soeur arrive donc et aussi tôt me fait un examen rectal et découvre le pot aux roses, me prescrit une crème à base de cortisone; quelques instants plus tard, je suis capable d’évacuer et la douleur est soulagée. Cela m’évite un séjour à l’urgence et des heures d’attente.

Commence donc mon premier mois de récupération à la maison, mes douleurs sont bien soulagée. Mon conjoint a été fantastique et me comble des meilleurs soins qu’il peut.

Vers la mi-mars, nous avons mon premier rendez-vous en oncologie à Joliette. Dr. Santikyan, mon oncologue m’annonce donc que j’ai 40% de chance d’avoir une rémission, que les traitements commenceront dans deux semaines étant donné qu’ils ont déjà reçu le rapport de la pathologie concernant mes cellules cancéreuses.

Fin mars, les traitements débutent donc.

Quand on a un diagnostic, outre l’effet du plafond qui nous tombe dessus, personne n’est préparé à ce qui s’en vient. On nage dans L’ignorance la plus totale et malgré les médecins et l’excellence du personnel infirmier, je ne savait pas quelles question posées.

Je me sentais quelque part dans le couloir de la mort, était-ce les limbes ? un no men’s land ?

J’attendais donc mon premier traitement et dans la salle d’attente siégaient 4 hommes qui riaient, faisaient des farces entre eux. Un des 4 me regardent et me demande mes chances de rémission. je lui répond que j’ai 40%. Il me regarde, un sourire aux lèvres et me répond: chanceuse ! Moi j’ai 0%.

J’ai compris alors qu’il y en avait des pires que moi donc Élène, cesses de te regarder le nombril et fonces dans le tas. Il y a pire, bien pire.

Il y a ceux et celles qui ne pourront pas soutenir les traitements de chimio, les gens dont les plaquettes seront trop basses, d’autres ce seront les globules rouges. Certains vomissent tellement qu’ils déshydratent.

Durant toutes mes années de chimio, jamais mon taux de plaquettes ne baissera, mes globules rouges non plus et mis à part 3 mois d’anémie, ma formule sanguine ne cassera pratiquement jamais ce qui fut en soit une chance car cela m’a permis de recevoir les traitements.

Me voilà prête pour mon premier traitement. J’arrive à l’hôpital vers 7 heures le matin pour la prise de sang et ensuite, je me dirige vers la salle d’attente en oncologie pour y rencontrer le médecin et l’infirnière de liaison. On prend ma taille, mon poids, on me questionne sur des éventuelles allergies, on me donne des livres sur les traitements, quoi faire, quoi ne pas faire et je retourne en salle d’attente.

De mars à décembre 2007, à toutes les trois semaines, je vais recevoir le Taxol/Carboplatine.

Je serai préparée de la même manière:

Prise de Decadron (Dextamethasone) vers 22h00 le soir précédent et le matin vers 4h00;

Ensuite encore du Décadron vers 8h30 le matin du traitement, Zofran et Maxeran et ensuite la chimio.

Le traitement est long. Il commence vers 9h30 et se termine vers 16h00.

Ensuite retour à la maison.

Il m’a fallu quelques semaines pour m’habituer à cette routine, si on peut s’y habituer un jour. Du moins, j’ai tenté d’apprivoiser cette période afin de pouvoir continuer mes activités.

Quand on reçoit le Décadron, on se sent en pleine énergie et on a faim ! Je me sentais comme dans une phase maniaque où je bougeais pratiquement comme une toupie. Cela durait au moins deux jours et ensuite, mes membres s’engourdissaient, la douleur aux articulations me faisait souffrir. J’avais aussi un goût de métal dans la bouche donc je ne goûtais plus à aucun aliment. Cela durait environ 4 à 5 jours et ensuite je redevenais normale quoique je conservais le goût du métal.

Forte de ces informations sur l’effet des médicaments, je me suis donc fais un programme; je faisais l’épicerie et le ménage quand j’avais beaucoup d’énergie et par la suite, je me reposais et surtout je prenais des marches le plus souvent possible autour de la maison pour aider à passer les toxines de la chimio. Au fil des jours, j’ai compris que je devais suer pour éliminer au plus vite ces toxines. Et boire des tonnes d’eau.

Je montais à cheval quand les effets de la chimio étaient terminées au début des traitements.

J’ai de plus découvert des aliments riches en protéines et en énergie. Je me forcais à manger même si je ne goûtais plus rien et je me récompensais en me gâtant lorsque le goût de métal disparaissait, juste avant le prochain traitement.

Les 4 ou 5 premiers mois, je n’ai pas ressenti énormément d’effets secondaires mais à partir du 6 ième traitement, comme je n’arrivais plus malgré l’exercice à évacuer les toxines, alors les effets secondaires sont devenus de plus en plus difficiles à vivre. J’ai commencé à avoir des engordissements dans les pieds qui sont devenus permanent, même aujourd’ui.

Vers le 6 ième traitement, mes bras étaient devenus violacés à force d’avoir les veines décapées par la chimio et, force de constater que cela allait durer donc j’ai dû me faire installer un cathéter au coeur, appellé Portecath.

On m’a donc opéré et il m’a fallu environ 1 mois pour récupérer de l’opération et m’habituer à avoir ce cathéter à gauche, juste au dessus de ma poitrine par lequel on a fait passer les autres traitements de chimios.

Donc, depuis le premier traitement, j’avais donc perdu mes cheveux. Je ne pouvais plus utiliser du dentifrice pour me brosser les dents mais plutôt un mélange d’eau de bicarbonate de soude et de sel. De plus, pas de soie dentaire ! J’ai trouvé cela difficile de m’habituer à cela. Je n’ai jamais eu de perruque, donc je portais des chapeaux de pêche afin de permettre à l’air de circuler sur mon crâne dégarni. Je devais éviter le soleil le plus possible aussi. Pas d’alcool bien évidemment.

J’ai donc terminé l’année en chimiothérapie et mon CA125, le marqueur du cancer, bien qu’ayant descendu constamment au fil des traitements, demeurait maintenant bloqué indiquant que les traitements n’avaient plus de bénéfices.

Mon oncologue m’avisa aussi qu’il ne pouvait plus me donner cette recette car je risquait des dommages permanent aux jambes et aux pieds.

Ainsi, pour 2008 il fallait changer de recette et poursuivre les traitements à la recherche d’une rémission.

Durant les traitements et de façon progressive, j’ai vu mon visage et mon corps changé de sorte que durant cette période, j’ai évité les miroirs. Les médicaments m’avaient déformé à un point tel que j’avais l’air d’un clown; j’avais perdu tous mes poils jusqu’aux cils de mes yeux ce qui rendait l’équitation plus difficile à cause de la poussière du sable dans le manège. Malgré tout, je n’ai jamais cessé de sourire, de croire en une éventuelle rémission.

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Mes chevaux sont venus à ma rencontre

Été 2007

J’ai toujours cru qu’il fallait dominer le cheval;

Qu’il fallait de la force, des réflexes;

J’avais suivi quelques cours en éthologie pour comprendre mon rôle de cavalier. L’éthologie m’a permis de découvrir le pouvoir de mon corps, des gestes, de mon regard; l’apprentissage de cela m’a fait découvrir comment prendre ma place dans ma relation avec les chevaux.

Quand la maladie m’a frappé, ma principal question fut de réfléchir à la façon d’aborder l’équitation dans un contexte où je n’avait plus de force, où je n’avais plus de muscles abdominaux, où j’allais souffrir énormément des effets secondaires, j’allais vivre des problèmes d’équilibre. Voir le cheval comme un adversaire ne s’inscrivait plus dans ma nouvelle situation.

Ce sont les chevaux qui sont venus à ma rencontre.

C’est avec Panthère que j’ai connu mes premiers contacts avec l’amitié des chevaux, leur paix, leur profonde sérénité. Quand je fut assez solide pour pouvoir remonter à cheval, vers le 7 mai 2007, j’ai commencé par apprivoiser les jours avec la chimio et les jours sans chimio. J’allais à l’écurie pour nourrir nos chevaux, je me promenais avec eux et je faisait fi des recommandations des médecins qui m’avaient interdit tout contact avec les animaux à cause de la faiblesse de mon système immunitaire.

Donc je contacte Anne-Marie Bélanger, propriétaire de la ferme La Belle Époque, située à 15 minutes de route de chez nous et Anne-Marie accepte de m’aider à remonter à cheval. On embarque donc Panthère dans le trailer et on se dirige à l’écurie. Panthère s’en allait sur ses 3 ans, le soleil était là, une belle journée. On s’installe donc à l’écurie, Anne-marie met Panthère en longe et je monte dessus. On commence tranquillement, Panthère avait été castré en mars 2007, au moment de mon diagnostic. Il n’avait pas été monté depuis janvier 2007; j’avais commencé à le longer un peu donc le 7 mai fut le jour 1 de mon retour en selle.

Ce fut un succès ! Panthère avait compris à quel point j’étais fragile et m’a respecté dans mon désir de monter sur lui, de commencer à nouveau le débourrage. Comme si il savait ! Ce poulain m’a permis de reprendre confiance en moi et avec lui s’est amorcé une réflexion sur ma façon de monter à cheval.

Qu’a t’on fait de si extraordinaire ce jour là ?

En longe, j’ai donc remonté mon poulain, Anne-Marie me guidait et je vous avoue que ma respiration et mon pouls ont terriblement augmenté, mes jambes s’entrechoquait tellement j,avais peur que le poulain se mette à bronquer, peur d’être déstabilisée, peur de tomber, peur de tout finalement.

On a donc fait du pas, des changements de direction et quand je fut certaine de Panthère, un peu de trot.

HOURRAH !!!!

La glace était brisée !

Ce jour fut le commencement d’une formidable aventure au fond de moi, une aventure que ma passion pour les chevaux, ma détermination à continuer de monter malgré les chimiothérapies m’a amené à faire. Le début d’une introspection, de la confrontation de mes peurs, de mes jugements et de mes préjugés envers les chevaux. Le début aussi de l’étude réelle de l’équitation, de comment monter à cheval. Ne pouvant plus travailler, condamnée à me battre et à souffrir, je me suis donc dit que là était le moment pour devenir meilleur cavalier.

Les chevaux allaient devenir mon arme secrète pour combattre mon cancer et je devais absolument changer ma vision d’eux pour atteindre mon objectif.

Je me suis donc jetée à l’eau, les yeux fermés. Ma faiblesse ne me permettait pas de soutenir un coaching et j’allais m’apercevoir que j’avais beaucoup de croûtes à manger sur le chemin que j’avais choisi de vivre; que j’allais avoir beaucoup de décisions à prendre, de connaissances à acquérir.

En 2007, nous avions 6 chevaux, dont 3 juments poulinières. Les poulains Lancer et Domingo avaient un an, Surprise et Lorraine, une jument TB nouvellement acquise étaient gestantes, Panthère avait 3 ans. La tâche était énorme ! Yves travaillait mais n’en avait plus pour longtemps car, de son côté, la maladie cardiaque allait le frapper.

Bien que je montais à cheval depuis mes huit ans, bien que la passion des chevaux ait toujours existé, j’avoue aujourd’hui avoir été bien ignorante sur plusieurs points, notamment la gestion d’une écurie, la gestion d’un élevage, l’entretien des sabots ainsi que l’équipement…les fameuses selles qui vont me donner des maux de tête et des ponction dans mon portefeuille durant toutes ces années. J’avais à mon actif plusieurs débourrages et je montais aussi des chevaux à problèmes depuis déjà plusieurs années. Cependant, la véritable équitation, le vrai programme de développement d’un poulain n’étaient pas concepts claires dans ma tête et c’est ce sur quoi j’allais travailler.

En quelques années, nous avons construit l’écurie, aménager les pâturages, construit les abris, le ring d’entraînement, fait l’acquisition de d’autres terrains, nettoyer ceux-ci, semer.

Donc en ce matin du mois de juin 2007 (voir photo), me voilà donc sur Panthère qui a 3 ans, mon maître qui m’apprendra la confiance. Je reçoit à ce moment des doses massives de Taxol et de Carboplatine toutes les 3 semaines. J’ai perdu mes cheveux mais je monte à cheval.

Plus rien n’a d’importance que ces moments au soleil, à cheval à apprendre à faire confiance avec ce merveilleux poulain qui m’éduque dans ma nouvelle équitation. Ces moments, je vais essayer de les multiplier, de confronter mes peurs, de les analyser et de les guérir.

La pire des peurs est de perdre le contrôle du cheval, que ce dernier parte en fou et me désarçonne. Cette peur de mordre la poussière se transforme en raideur, en mains tendues dans la bouche du cheval, en absence de jambes, en assiette bloquée, comme si je m’agrippe et en même temps je veux monter à cheval, j’ai besoin de cette force tranquille qui m’apaise, j’ai terriblement besoin de me battre, de vaincre ce cancer, de vivre !

Et dans ce fouillis émotionnel, j’aspire aussi à éduquer mon poulain, à lui montrer les aides. Imaginez seulement la force de Panthère qui, à un si jeune âge, recevant autant de signaux contradictoires qui ne semble pas le déranger. Il m’entoure de sa force, de son amour pour moi, de son désir de se connecter à moi, d’établir un lien. Il me rassure par sa tranquilité.

Ce sont donc mes premiers moments avec la magie des chevaux.

Panthère deviendra mon arme secrète dans mon combat du cancer et c’est cette même détermination, plus forte que ma peur, m’aidera à rester debout, à ne pas laisser gagner l’ennemi avant que je ne sois à terre.

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2005 Là où tout a commencé

Futurités 2006

Futurités 2006 que nous avons gagné ! J’avais été opérée pour la rate l’hiver précédent, mon PTI était sous contrôle. Me voilà donc toute souriante en août 2006 avec Panthère. Sournoisement le cancer débutait sans que je ne m’en aperçoive et j’avais commencé à maigrir. Panthère avait deux ans, était entier et s’amusait bien avec la foule tout autour.

Je vivais avec mon conjoint, en amour. Nous avions des projets à ce moment de faire une ferme d’élevage de chevaux; nous avions aussi nos emplois respectifs.

J’avais commencé à ressentir quelques fatigues et soudain des bleus sont apparus sur mon corps. Je me demandais bien d’où ces bleus provenaient-ils ? Ma grand-mère faisait souvent des bleus donc je me suis dit; voilà ! Tu es comme ta grand-mère.

Mais en quelques semaines, les bleus ont envahi mon corps. En début 2005,  je fut donc admise à l’hôpital et on découvrit un PTI (Purpura thrombocytophenique idiomatique).  L’état d’urgence fut installé; j’ai reçu des doses monstres de cortisone, des transfusions et je suis restée plus de 17 jours à l’hôpital. Le PTI est une maladie auto-immune où les anticorps reçoivent le message de manger les plaquettes. Donc à mon arrivée, il ne me restait que 1000 plaquettes alors que normalement j’aurais dû en avoir 100 000 !!!

Tout mon système sanguin risquait d’exploser et j’aurais pu alors mourir ainsi. Le médecin m’a alors dit: si tu passes les prochains 48 heures, alors tu pourras t’en sortir. Comment croyez-vous que je me suis sentie ? Une frayeur incroyable s’est alors emparée de moi et j’ai téléphoné au notaire pour refaire mon testament.  Je ne pouvais pas marcher car, si je me cognais la tête à une porte, je risquais l’hémorragie cérébrale, mais je me suis mise à engueuler le bon Dieu, à appeler ma grand-mère, à prier.

Puis j’ai regarder à la télévision une compétition de saut d’obstacles; je me suis donc inspiré fortement de l’énergie des chevaux, de cette détermination à vaincre. à tous les jours, je me fermais les yeux et je revoyais cette compétition, je me mettais à monter à cheval et à sauter ces obstacles tout en continuant mes prières.

Mais grâce à la médecine, je fut sauvée et ce fut le début d’un traitement à la cortisone qui dura un an. La cortisone est un puissant anti-inflammatoire dont un des effets secondaires est d’enfler. Je me suis donc mise à enfler, à prendre du poids et à donc prendre un bon 25 livres. Cette période fut donc difficile pour moi car je n’avais plus le contrôle de mon corps que je voyais se déformé sous l’effet de la cortisone.

En 2006, comme le traitement de la cortisone ne fonctionnait pas,  je fut opérée pour une ablation de la rate et tout revint dans l’ordre à partir de là.

La vie était belle à nouveau ! J’ai pu monté ma belle jument Leena, faire quelques compétitions avec elle. De plus, notre cheval Canadien Berthiaume Victor Panthère avait maintenant deux ans donc nous sommes allés faire les futurités du Canadien, dans la classe des deux ans que nous avons gagné !

En automne 2006, je me suis mise à maigrir tout à coup; j’étais bien contente car le traitement à la cortisone m’avait fait enflé. Voilà qu’en octobre 2006, je suis soudainement affligée d’une méningite.  Donc encore quelques jours à la maison. Pendant ce temps je maigrissais toujours…

En décembre 2006, alors que je débourrais Panthère, encore entier à ce moment, j’ai commencé à avoir des douleurs, à être incontinente et devant tant de bizzareries, je commence à consulter les médecins. Consultes et consultes, va voir un et puis un autre.

Le débourrage de Panthère n’allait pas bien; je perdais mes réflexes, j’étais de plus en plus fatiguée. Au travail, il m’arrivait de me coucher par terre dans mon bureau afin de dormir durant ma pause pour le lunch.

En janvier, on décide de ramener Panthère à la maison et je continue à consulter les médecins sans réponse réelle. Et je maigrit toujours, j’ai des douleurs à l’abdomen, dans la région du pelvis et personne ne comprend ce qui se passe. Les médecins consultés me regardent comme si j’étais une malade imaginaire. Je perd donc confiance en moi et donc, je consulte de moins en moins, n’osant plus parler de ces douleurs étranges, de cette incontinence qui m’affecte. Certains médecins avancent que ce sont là les effets secondaires de la méningite et que tout se replacera avec le temps.

Finalement, vers la fin de février 2007, alors que je prenais un jour de congé, une grande douleur me plie en deux le matin. Incapable de me lever, de m’habiller, je souffre énormément. Je demande à mon conjoint d’appeler une ambulance et nous voilà donc partis pour l’hôpital. Sur le chemin, chaque bosse m’arrache des cris et des souffrances incroyables. J’ai attendu environ 5 heures, sur une civière. La douleur était telle que j’ai pensé à une appendicite.

Le médecin arrive enfin, m’ausculte, me tâte l’abdomen et en faisant un examen gynécologique, il mentionne que c’est chaud et qu’il y a beaucoup d’inflammation. Il m’envoie au scanner et j’attend les résultats.  Le médecin revient et il a un air sombre. Il me regarde et me dit: Madame, vous avez un cancer des ovaires. Il faut faire vite et vous opérer. Mais vous avez aussi une pneumonie donc nous allons vous garder pour la nuit et nous ferons d’autres examens demain.

Le plafond me tombait sur la tête. Du coup ma vie s’est arrêtés. Le cancer. Mon Dieu j’ai 47 ans et ma vie est déjà terminée ! En deux ans, voilà que l’on m’annonce une deuxième fois que je risque de mourir ! C’était plus qu’un humain pouvait supporter. Un rire m’a prise et je me suis dit: allez-y ! Frapper moi encore, j’ai pas les épaules si larges que ça ! Peux-t’on cesser de me terroriser !

La nuit qui a suivi fut terriblement souffrante; l’infirmière m’annonce que la seule médication prescrite sont des tylenol. Le lendemain matin, j’attendais le médecin et j’étais enragée ! J’apprend de sa bouche que la morphine m’avait été prescrite et il ne comprend pas pourquoi l’infirmière ne m’en avait pas donné. Ce jour-là j’ai réellement pensé que les vols de médicaments dans les hôpitaux peuvent exister et que ma morphine est probablement allée ailleurs.

Pendant ce temps, mon père qui est médecin fait des pieds et des mains pour me sortir de cet hôpital. Finalement, je suis transférée à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont à Montréal et j’ai un rendez-vous avec le docteur Pichet, gynécoloque en chef du département. Une suite d’examen confirme ma pneumonie donc je suis donc renvoyée à la maison avec des doses massives d’antibiotiques et de la morphine.

Je fut donc opérée quelques jours après; j’ai subit l’ablation des ovaires, l’utérus, l’appendice et ils ont oté certaines tumeurs dont une importante à la vessie (responsable de mon incontinence), il ont gratté un peu mais ils n’ont pas pu tout enlever.

J’ai l’ordre de rester tranquille à la maison durant deux mois; on était alors le 7 mars 2007. Le médecin me dit de ne pas m’approcher des chevaux, de ne pas monter à cheval avant deux mois. J’ai fait ce qu’il m’a demandé mais le 7 mai 2007, j’étais à cheval !

Environ 1 semaine après mon opération, je rencontre mon oncologue, Le Dr. Sarkis Santikian. D’un air très sombre il m’annonce que je reviens de loin, que j’ai environ 40% de chance d’avoir une rémission, que mes chances de survie sont très minces.

Mon conjoint Yves et moi-même sommes tout simplement dévastés. Il n’y a pas de mot pouvant décrire réellement dans quel état nous nous trouvons. Il n’y a en fait, rien à dire. Nous retournons donc à la maison avec cette sombre nouvelle, les larmes aux yeux, dans le plus profond des silences.

Mes traitements de chimiothérapie sont prévus pour la semaine suivante et alors commence le long chemin de la survie, des traitements, de la souffrances, des effets secondaires.

Aussi commence une nouvelle vie pour moi; vivre avec le cancer.