Mes principes de débourrage et d’entraînements

J’ai un cancer et durant les premières années des chimios périodiques aux trois semaines, je devais donc trouver un autre moyen de débourrer sans nécessairement utiliser mes forces ou plutôt les utiliser comme il faut afin de ne pas m’épuiser. Aussi j’avais des peurs d’accidents; en ayant un cathéter branché dans la veine du coeur, je devais aussi éliminer le plus possible les accidents potentiels, éviter de me faire bousculer.

Je me suis mise à réellement observé mes poulains, comment les mères les éduquait et j’ai réalisé qu’il existait un langage entre eux et que ce dernier passait par les yeux le plus souvent. La séquence était la suivante pour les corrections: le regard posé sur l’intrus, puis l’oreille baissée, enfin les deux..Finalement on charge l’individu le plus loin que l’on peux.

Pour l’amitié c’était encore le regard et puis le nez cherchant l’ami, puis on l’accompagne, on pousse dessus toujours avec le nez, quelquefois en se collant contre lui.

Je voyais aussi comment chaque cheval faisait respecter sa bulle même dans les jeux, en ruant gentiment ou en secouant la tête.

Je me suis donc dis que si les chevaux arrivaient à se parler, je pourrais certainement le faire avec eux en surveillant leur regard. Comprenant que leurs émotions passent dans le regard et en analysant ceci, je pourrais évaluer mon entraînement, savoir quand ils étaient prêts à plus, respecter les étapes et savoir rester dedans quand je voyais que ce n’était pas compris.

Donc j’en suis venue à adapter les grands principes à ma condition et avec lesquelles j’allais basé mes débourrages et mes entraînements:

Pour moi, débourrer un cheval est un exercice de volonté et un test de confiance en soi.

Il faut être conscient que le cheval sent et ressent, que le langage est purement physique, que la pensée du cheval se trouve dans ses muscles, dans son corps. Le cheval est profondément attaché à sa harde, la harde est le principe de la survie; sortir de la harde, c’est s’exposer au danger, au prédateur. C’est devenir faible.

L’anxiété de séparation est la principale manifestation de la faiblesse du cheval et comme cavalier on doit se substituer à la sécurité qu’offre la harde.

Voilà comment je crois que le cheval perçois.

Le cheval désire aussi créer un lien avec l’homme. Depuis des millénaires, le cheval et l’homme entretiennent une relation particulière d’échange de bons procédés. Le cheval offre sa force physique et l’homme a appris à s’en servir sans totalement asservir le cheval comme on peut le voir chez le chien par exemple. Le cheval a conservé son langage, sa culture.

Le débourrage est donc un mélange de compréhension de tout cela, de ces éléments de base.

Une fois ces concepts compris, il devient relativement facile de demander au cheval de se mettre à notre service, si on comprend comment composer avec l’anxiété de séparation.

Au tout début, j’établit les règles et j’observe comment le cheval réagira.

Chaque cheval est une histoire. Même si les principes de dressage demeure les mêmes, la façon dont le cheval réagira est différente d’un individu à l’autre.

De mon côté, je devais être habitée par mon esprit jusqu’au bout de mes doigts et de mes orteils. Un peu finalement comme en éthologie où on prend conscience de l’effet que nous produisons sur les chevaux, d’apprendre à être convaincue et convaincante et surtout d’attendre que l’anxiété du cheval passe, que ce dernier se calme face à une nouveauté.

Il ne faut jamais être pressée; savoir fixé un petit objectif, s’y concentrer et si cela ne se passe pas comme on veut, savoir reculer, attendre et recommencer.

Il faut viser un état d’esprit chez le poulain de calme et de relaxation dans tout ce que l’on entreprendra, savoir éprouver de la compassion et de l’affection pour le poulain que l’on s’apprête à débourrer.

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Travail au sol

Ma première règle consiste dans le travail au sol à manipuler l’animal en toute sécurité.

Marcher en main

Apprendre au cheval à ne pas me précéder, à m’attendre, à reculer, à tourner et ce, dans le calme et la relaxation.

Donner les pattes

Donner les pattes, où le cheval va accepter de prendre son équilibre sur les 3 autres. Quand je prend l’antérieur, je m’assure en prenant le garrot et en le faisant bouger vers   moi pour m’assurer que le poulain prend un solide équilibre.

Depuis 2010, j’ai appris à trimer mes poulains, à entretenir les sabots. Comme je ne suis pas une professionnelle, le poulain doit apprendre à être patient. Ce travail m’a permis de réduire de 50% le travail au sol. Oui tant que ça ! En effet, éduquer correctement un poulain à réellement donner les pattes pour la trime a un effet sur tout le reste. On peux voir si le poulain garche sa patte, quand il s’appuie sur nous comment il ne nous respecte pas. Il y a beaucoup à faire dans ce simple exercice, beaucoup à voir où le respect est moindre, on peux aussi constater où on aura de la misère ailleurs avec le poulain.

Par exemple, si notre poulain hésite à prendre son équilibre sur ses 3 autres pattes, on aura de la difficulté dans la jambe isolée plus tard une fois monté. Il paniquera de la même manière, résistera de la même façon.

Donc vaut mieux régler à la base tous les aspects du respect, de l’équilibre et de la patience.

Apprentissage de la longe

En commencant par un petit cercle et en tassant l’épaule du cheval pour que celui-ci accepte d’agrandir le cercle sans accélérer. Il apprendra aussi à ne pas couper le cercle, à utiliser ses deux postérieurs pour se tenir. Finalement apprendre aussi à tenir sa vitesse.

Un poulain qui nous reconnaît comme leader va se coller sur nous et de même si il a peur. Il faut l’encourager fortement à s’éloigner de nous dans la confiance.

Montrer au cheval avec l’usage de la chambrière, laquelle sera promenée sur le cheval au début pour le désensibliser, pour lui montrer que ce n’est pas un outil pour faire mal, mais qui le dirigera.

Et je vais répéter ces étapes jusqu’à ce que tout soit compris et exécuté dans le calme et la relaxation. Mon but est que le cheval comprenne ce que j’attend de lui et le fasse dans un esprit de collaboration et de confiance mutuelle.

Je vais aussi attacher le poulain à un cable élastique de type Bungee pour lui apprendre à être attaché, à rester calme et confiant et à attendre. C’est très important dès les premières minutes du dressage à apprendre au cheval la patience, à attendre le cavalier et cela va se réfléter tout au long du travail, cela prendra aussi toute son importance une fois monté.

Étapes de la selle, de la bride

Je commence par le tapis; je promène le tapis de selle partout sur le cheval et ensuite je le laisse en place et je le replace tant que le cheval bouge.

Ensuite la selle et je ne sangle que légèrement, juste assez pour que la selle demeure en place.

J’emmène le cheval au licou dans le manège et je le longe; si tout va bien, ce sera un exercice sans histoire mais il n’est pas rare de voir le cheval tentant de se débarrasser de la selle en ruant fortement; il faut donc accompagner le cheval et le laisser dans cette étape tant et aussi longtemps que cela se produit. On peux aussi laisser le cheval libre dans le manège, tant qu’il n’essaie pas de se rouler avec la selle, question de protéger l’équipement aussi.

Vient ensuite la bride que je met par dessus le licou pour qu’il n’y ait aucune pression sur le mors; C’est très important de protéger la bouche du cheval en tout temps. La bouche est très très sensible et il faut donner le temps au cheval de s’habituer au mors tout en gardant cette sensiblité.

Une fois que l’on est capable de longer notre cheval aux trois allures, sur les deux côtés sans qu’il n’y ait d’inconfort, que la foulée est égale, sans irrégularités ce qui pourrait indiquer qu’un membre n’est pas sain, alors seulement on commence le travail monté.

Il faudra beaucoup de patience et s’attendre à répéter ces étapes jusqu’à ce que tout se fasse dans le calme et la relaxation. Il faut aussi évaluer à quelle vitesse le cheval va intégrer, si nous jouons notre rôle de chef, de leader. Si nous donnons au cheval suffisamment de confiance et d’autorité pour qu’il se sente bien.

Le cheval va manifester à travers l’anxiété de séparation son niveau de confort ou d’inconfort.

Travail monté

Au début je me fais aider par quelqu’un, surtout au tout début. Une fois le poulain monté une fois, mon chum les guide quelques fois et par la suite je part seule. La personne la plus importante est celle au sol, donc habituellement mon conjoint les rassure et maintient un climat de confiance pendant que je suis sur le poulain.

Graduellement, j’installe les aides de la voix aux gestes pendant que mon chum promène le poulain en maintenant la confiance.

C’est ce lien de confiance que j’ai développé qui va m’aider le plus à obtenir la collaboration du cheval. Pas la force, pas par la crainte de moi mais bien dans la confiance et dans l’amitié en ne bousculant jamais le poulain.

Immobilité au montoir

Voilà la première chose que j’apprend au cheval. Demeurer immobile lors du montoir. Je commence par amener le poulain au montoir et rester sur le montoir à ses côtés. Au début quelques secondes et je remercie pour ensuite allonger la durée.

Je met ensuite le pied dans l’étrier et j’attend de voir si le poulain bouge. Si il bouge, je garde mon pied et je me colle à lui, sur le côté en faisant un pli intérieur avec la rêne pour qu’il tourne. Il va tourner sur lui-même plus ou moins longtemps et il va arrêter à un moment donné. Alors j’enlève mon pied. Je ramène le cheval au montoir et je recommence.

Je vais répéter cette étape, même une fois monté jusqu’à ce que je puisse arrêter le cheval à tout moment et qu’il se tienne immobile, les rênes sur le cou sans bouger. Pour ce faire, quand le cheval bouge, je prend une rêne et sans mettre aucune jambe, je le fait tourner sur lui-même jusqu’à ce qu’il arrête. Dès que le cheval arrête, je laisse les rênes sur le cou et je n’y touche plus du tout. Si le cheval recommence, je répète alors l’exercice.

Personnellement j’aime avoir un cheval qui ne bouge pas au montoir, sur lequel j’ai le temps d’installer mes étriers, de m’installer avant de partir. Ça prend beaucoup de temps pour les rendre immobiles. Certains le seront automatiquement, mais d’autres surtout les sang plus chauds auront de la misère avec ça. Pourtant, il faut les rendre immobiles car c’est plus sécuritaire.

Imaginer le cheval qui grouille, moi qui monte et tout à coup, il part sans raison, et je tombe..Je ne peux supporter ne serait-ce que l’idée que cela pourrait m’arriver. Il faut arriver à les rendre immobile pour toujours leur apprendre le respect, la patience et attendre les ordres du cavalier. C’est aussi une autre manière de maintenir le calme et la relaxation.

Ensuite je peux prendre les autres étapes, soit la jambe isolée exécutée par les pivots pour prendre le contrôle des postérieurs en faisant bouger le cheval avec mes jambes d’une part.

Quand on monte un poulain, la prochaine étape est de prendre le contrôle des épaules en maintenant nos mains basses comme si elle étaient comme des rênes élastiques. Les chevaux qui spookent, sont des chevaux dont on n’a pas le contrôle des épaules.

Les entraînements

Le débourrage étant de rendre un cheval sécuritaire à monter aux trois allures, je prépare donc le poulain dans cet objectif.

Au début, je vais utiliser le licou au lieu des rênes et mon conjoint se tiendra au sol avec la longe. On va se promener ainsi dans le manège en faisant des arrêts/départs, des changements de direction, des cercles, des serpentines.

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Tranquillement je vais utiliser ma voix, ensuite mes jambes et bien sûr mes mains pour commencer à installer les bases du travail.

Environ 3 ou 4 séances seront nécessaires et ensuite je pourrait partir en solo.

Il est important de commencer par la jambe isolée et ensuite de faire battre les mollets contre les flancs du poulain pour l’initier aux jambes, au travail des jambes. Tant que cela n’est pas compris, on doit continuer en utilisant les cercles, les serpentines pour garder le contrôle sur le poulain.

Dans le travail, le cercle est l’ami du cavalier. Avec les cercles, on peux ralentir le poulain, travailler à déplacer les épaules, donc prendre le contrôle de celles-ci. On s’en sert aussi afin de mieux équilibrer le poulain.

Les serpentines viendront ensuite en utilisant notre poids pour aborder les demi-cercles, améliorer la souplesse des épaules du poulain ainsi que son équilibre sous cavalier.

Il faut se souvenir que 15 à minutes, 3 fois semaine suffisent amplement pour commencer le travail. Un poulain est un cheval en devenir dont la croissance n’est pas arrêtée et il faut en tenir compte dans le travail car le centre de gravité du cheval change constamment durant sa croissance.

Le poulain s’épuise vite, sa capacité de concentration est limitée; comme un enfant il faut savoir demander peu et récompenser beaucoup.

Je travaille toujours en tenant compte de l’équilibre du poulain, de favoriser sa prise d’équilibre donc la foulée ne sera pas trop rapide pour qu’il apprenne à se tenir le plus possible et ce, depuis le début des montes.

Si on va trop vite, si on pousse trop le poulain, on risque de se retrouver avec un poulain qui va tomber sur les épaules, incapable de se tenir et donc va constamment accélérer.

Il est important au début de relaxer nos jambes le plus possible et d’utiliser nos pressions pour l’amener à prendre le mors, à le sucer.

Dans l’acceptation de la bride, le poulain va chercher par toutes sortes de position de l’encolure à tester le mors. Donc toujours garder une tenue des rênes comme si on voulait éviter que le mors sorte de la bouche du cheval…Pas plus que cela. La main doit accompagner le poulain dans son mouvement, surtout au pas et au galop, les deux allures où l’encolure bouge beaucoup.

Les doigts doivent être fermés autour des rênes pour faciliter le contact; quand le poulain prendra le contact, nos mains vont accompagner le mouvement mais si nos doigts sont ouverts, si les rênes glissent, on se trouve à refuser le contact.

Dans l’acceptation du poids du cavalier, le poulain va vivre la peur la plus terrible qu’un cheval puisse avoir et c’est la perte de son équilibre. Il sera important de le laisser avancer à son ryhme, de faire des pivots et surtout de le laisser prendre son équilibre sous le cavalier. Par la suite, il est important de se servir du transfert de notre poids pour leur apprendre à tourner.

L’acceptation des jambes se fait par le fait de coller nos jambes contre le poulain et de tranquillement en battant nos mollets contre les flancs lui indiquer ce que l’on veut, soit la mise en avant. Ce sont les premières leçons de jambes.

Dans le débourrage je n’hésiterai pas à faire un tour au pas à chaque fois que le poulain va apprendre et réussir quelque chose de nouveau pour le laisser prendre conscience de ce qui arrive.

Voilà donc mes commentaires sur le débourrage, mon opinion et mon expérience.

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2010 où tout devient possible

L’hiver 2009/ 2010, m’apporte beaucoup d’espoir dans mon équitation. Cette année-là j’ai emmené Orla de Grey et Shannon de Grey dans un autre écurie, au Centre Équestre du Boisé pour y séjourner deux mois tour à tour.

J’applique les méthodes acquises sur Scandinavian, soit les mains collées sur l’encolure, gérer l’impulsion, la rêne extérieur, etc.

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J’apprend aussi aux deux pouliches à aller en randonnée et j’éprouve beaucoup de plaisir à les voir se détendre quand elles comprennent ce qu’elles font, les rênes dans le cou. Mes amies du Boisé m’aident à débourrer les pouliches en randonnée, donc elles suivent des bons chevaux rompus aux randonnées.

Dans ma recherche vers une meilleure équitation, j’apprend à m’ancrer dans la selle, comment cet ancrage stabilise mon assiette et du coup je deviens meilleure à stabiliser les pouliches.

Mais tout n’est pas parfait ! L’ajustement des selles me hante toujours. Pour Orla, j’utilise un sous-tapis, pour Shannon, la selle sera trop grande…Le problème de trouver des selles sur des poulains qui grandissent, donc qui changent et surtout avec mes moyens financiers n’est pas facile à régler. J’ai deux selles, pas beaucoup de moyens et je dois faire avec sans causer trop de problèmes de dos aux pouliches.

Ce qui me sauvera toujours, c’est le fait que mes poulains sont au champs 24 heures sur 24, que je ne les monte que 3 fois par semaine et 15 à 20 minutes à chaque fois. Aussi l’apprentissage des techniques justes, donc ces facteurs vont minimiser l’impact de selles plus ou moins bien ajustées.

J’ai comme objectif pour l’été de présenter les deux pouliches en compétitions, soit en pas et trot mais aussi en niveau entraînement. Shannon a plus d’équilibre et apprend plus vite que Orla. Sa constitution la favorise pour le niveau entraînement. J’ai donc deux bonnes pouliches pour l’été.

Mais, dans ma recherche de l’impulsion, je ne réalise pas que je pousse trop avec mon assiette et la conséquence est que le contact, surtout pour Shannon devient trop lourd dans mes mains. Shannon dans son extrême générosité ne résiste pas à ma poussée et tombe sur les épaules sans que je ne le réalise vraiment.

Dans une clinique en mai 2010 avec Margret Dieckermann, elle me conseille de ralentir, de favoriser les allures lentes pour stabiliser la pouliche.

Il me faudra beaucoup d’analyse, de réflexion pour arriver à doser mes aides, à aider ma pouliche pour qu’elle puisse apprendre à se tenir.

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Je vais remporter le Championnat Jeunes chevaux, niveau entraînement avec Shannon. Cette jeune pouliche m’a appris la joie d’être à cheval; son caractère et sa personnalité m’ont profondément influencé et j’ai appris à l’écouter, à me connecter à elle, à vivre ce puissant sentiment plus fort que tout. Shannon est une jeune jument joyeuse; elle est volontaire et généreuse, cherche toujours à plaire et n’éprouve pas d’anxiété comme tel.

Monter Shannon, c’est vivre la joie d’être à cheval. Je ne saurais comment décrire exactement ce qui se passe. Quand je monte Orla, j’ai le sentiment que cette pouliche remet sa vie entre mes mains, elle aborde tout avec beaucoup de sérieux, est comme un volcan qui met sa puissance à mon service sans jamais exploser. Je la sens fébrile, délicate et fragile et même je la sens comme une éponge.

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Shannon au contraire a une confiance en elle, en ses moyens. Elle dégage de la joie, de la gaiété. Je sens qu’elle connaît le dressage et à l’écouter j’ai appris plus que sur tout autre cheval car j’ai eu à me forcer pour bien monter.

Orla, de son côté ayant été opérée pour une petite chip au boulet, s’est reposée dans le pâturage et je ne recommencerai à la monter qu’en juin, très doucement. Elle est aussi en forte poussée de croissance, donc il n’y a aucune urgence à la monter. En juillet, je l’amène en compétition, dans une classe de pas et trot où elle fait très bien, me donnant beaucoup de plaisir.

Les chimios ayant recommencé, je dois revoir mon équitation pour les adapter encore une fois aux effets secondaires et à leur durée. Comme les doses sont moins fortes, l’adaptation est plus facile.

Je passe ainsi l’été à me questionner avec Shannon. J’ai toujours mon problème de selle que j’essaie de régler avec des sous-tapis; ça fonctionne plus ou moins. Shannon est très intelligente et apprend très vite mais manque toujours d’équilibre. De mon côté ma recherche me fait faire des essais/erreurs et je dois aussi apprendre le développement des jeunes chevaux de A à Z ce qui est en soi nouveau pour moi. Avant, je les débourrais et je les vendais. Le marché n’étant pas bon, la récession bien ancrée dans l’économie m’amène à monter mes poulains et à devoir les développer.

Ma hantise est de trouver le moyen de monter sans utiliser mes forces.

Le contact..le fameux contact des mains me cause problème. Comment amener le poulain à tendre les rênes, comment détecter sa propre recherche et la séparer de la mienne ?

Donc je tiens mes rênes, et je me détend les bras. En me détendant ainsi, je me demande si je peux encore plus me détendre. Tout à coup le miracle arrive, le poulain tend les rênes…Mais c’est pour un court instant, car il relève la tête..Bien sûr il se déséquilibre ! Donc mettre de la jambe, ne pas bouger dans mon assiette !

Cette recherche constante va occuper mon esprit durant des mois entiers. Quelquefois j’y arriverai et cela me donne espoir. Si j’avais eu la force de me trouver un bon instructeur au sol pour me corriger, ma recherche aurait pris moins de temps.

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L’été 2010 m’apporte aussi un autre défi: ma trimeuse a un accident et ne peux plus trimer. Déjà un an que je fait affaire avec elle, que mes poulains sont parés avec la méthode du parage naturel que voilà je me retrouve sans ressource.

Je prend donc mon appareil phot et je m’achète une râpe. J’examine la situation et je me lance à entretenir les sabors de mes poulains. Ma première constation est que mes poulains sont très mal éduqués ! Comment les forgerons et pareur naturel font ils pour travailler avec des chevaux aussi indisciplinés ?

Déjà que de trimer demande une mémoire photographique, des coups de râpe judicieux pour éviter de gâcher le sabot; comment voulez-vous faire un bon travail avec un poulain qui grouille tout le temps ?  Ainsi va donc mon entreprise, que de commencer à éduquer mes poulains, de les entraîner à la patience et au respect. Au début, cela me prenait une heure par patte et tranquillement, les poulains ont compris et sont devenus gentils. De mon côté je me perfectionne à chaque fois que je les pare, j’apprend à connaître mes chevaux d’une autre manière; par les pieds.

Trimer les chevaux me demande beaucoup d’énergie, beaucoup d’efforts physique et aide aussi à éliminer les toxines de la chimio. J’apprend à voir si la nourriture est adéquate, la foulée de chacun aussi, ceux dont la muraille est plus fragile, etc, etc. Je  m’achète donc un poteau et tous les instruments nécessaires. Quand Deva reviendra de son accident, elle m’enseignera les petits détails et va continuer de trimer car mes forces vont lentement diminuer. Cependant, je suis contente d’avoir oser trimer mes chevaux car j’ai maintenant une meilleur connaissance de leurs pieds.

À l’automne 2010, je commence le débourrage de Télémann et de Tsunami.

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Tsunami m’inquiète; elle garde la bouche ouverte quand je lui met la bride. De plus, elle refuse de galoper à main droite. Elle chipote son foin donc je suspecte un problème de dent. J’appelle le vétérinaire, il râpe les dents mais le problème persiste.

Ce n’est qu’en janvier 2011, que l’on trouvera une minuscule dent de loup. à partir du moment où cette fichue dent, de la grosseur de l’ongle de mon petit doigt, la pouliche ira comme un charme. S’en suivra le festival de la dent de loup et tous les poulains seront vérifiés; on trouvera des dents de loup chez Orla, Télémann et Dynamite.

Avec 4 chevaux à monter, je me retrouve en dilemne et j’ai besoin d’aide pour continuer à monter tous ces poulains avec l’hiver qui s’amène. Je décide donc d’envoyer Orla et Shannon chez un entraîneur pendant que je continue l’entraînement de Télémann et de Tsunami.